J’ai passé 38 ans de ma vie à travailler dans l’amiante et ne comprend pas que des personnes instruites et lettrées tirent des conclusions diamétralement opposées sur la dangerosité de ce fleuron québécois qu’est l’amiante.
Au cours de l’an dernier, j’ai fait paraître sur mon blogue Les carnets de Charles-Émile, différents articles sur ma vie d’homme de métier de travailleur de métal en feuilles, sous les titres de :
- Les syndicats dans la grève de l’amiante
- Principaux événements de la grève d’Asbestos
- Derrière le scab, une réalité bien humaine
- Les maladies industrielles des travailleurs miniers et le tabac
- Les conditions de travail difficiles des employés de mines
- Mes rapports médicaux en pneumologie
- Des travailleurs retraités de l’amiante qui vieillissent en santé
- Autopsie de la mort de l’industrie de l’amiante
- Appel d’urgence de la Floride
- Encouragement à arrêter de fumer
- Amiantose versus cigarette
- Le convoyeur 5001
- Décollage du linatex dans les tuyauteries
Mon seul but est de démontrer qu’une personne peut avoir travaillé toute sa vie et n’en subir aucun inconvénient mesurable sur sa santé. Je l’ai fait sans la pression de personne, de façon délibérée. Vous remarquerez que j’utilise le Je, comme sujet pour les verbes, ceci pour 2 raisons, la première : c’est le récit de mon vécu, la deuxième : je ne veux impliquer personne d’autre que moi.
Je récidive encore cette année en utilisant certaines comparaisons que vous trouverez peut-être loufoques, mais vous comprendrez facilement mon idée.
J’ai été élevé sur une ferme. À tous les automnes, mon père allait porter les deux fesses d’un cochon chez un jambonneur qui les suspendait au haut d’un cabanon de 6 pieds, au-dessus d’un feu alimenté deux fois par jour de bran de scie humide de bois d’érable. Le bran de scie était humide pour deux raisons, la première : pour empêcher que le feu s’emballe et brûle la cabane, la deuxième : le bois humide dégage plus de fumée que le sec.

Au bout de 3 semaines, les jambons étaient prêts. Le muscle souple, le plus puissant et
le plus imposant d’un animal de 200 livres, avait perdu sa souplesse; sa teinte rosée, devenue brune, sa peau mince était devenue de couenne, bonne seulement à être jetée, même sa saveur avait été changée jusqu’à l’os. Ainsi préparé, il pouvait se conserver indéfiniment, car sa vie bactérienne avait été détruite. Qu’aurait- il goûté si un farceur avait remplacé le bran de scie par du tabac? Auriez-vous aimé y goûter?
Un groupe de sportifs d’une région décide d’organiser un tournoi de hockey, lance une invitation, parmi les répondants, une équipe refuse de porter l’équipement usuel, prétextant que : « Le Canada est un pays libre, personne ne peut nous obliger à le porter ». Tous les joueurs respectent les mêmes habitudes et règlements. Une fois le tournoi terminé, les voilà qu’ils se présentent aux organisateurs pour récriminer contre ce jeu violent et inhumain et, preuves à l’appui, ils exhibent les nombreuses blessures et même plus, ils réclament des compensations aux organisateurs de ce sport indigne pour des gens civilisés. Que leur diriez-vous?
Les pompiers répondant à une alarme, s’empressent de se revêtir de leur équipement protecteur et s’ils savent qu’à l’intérieur, il y a une personne en danger, ils n’hésiteront pas à entrer, même s’ils savent que la fumée cause la mort à la personne qui l’affronte sans protection.
Le tabac, plante originaire de l’Amérique a été introduit au 16ième siècle en Angleterre par Walter Rawley. 
Dans l’encyclopédie Larousse, il est mentionné que Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne,
envoya de la poudre de tabac à Catherine de Médecis pour la soulager de ses migraines endémiques. Le tabac eut un engouement excessif comme remède, tel que le roi Louis XIII dut en interdire la vente en France. Devant l’échec des mesures prohibitives, le gouvernement préféra créer un monopole et en faire une source de revenus pour l’état.
En 1828, deux hommes, anxieux de connaître la cause de cet engouement, y trouvèrent un poison très nocif qu’ils nommèrent « nicotine » en souvenir du triste sire pour son remède empoisonné à la reine Catherine de Médicis.
La nicotine est un poison très nocif, son usage est prohibé en pharmacie humaine et animale, elle est employée comme poison en agriculture dans la lutte contre les insectes nuisibles. Comment expliquer que les autorités gouvernementales la tolèrent dans la fabrication de la cigarette et du cigare?
Au cours de la grève d’Asbestos en 1949, un jeune avocat à l’avenir prometteur, était scandalisé par la poussière, qui en fait, était de la fibre longue, chassée du moulin, laissée au caprice du vent. Celle-ci était sans danger pour la santé des humains et des animaux, car les vibrisses, ces poils protecteurs qui garnissent l’intérieur des fosses nasales, en défendent l’entrée dans les poumons. Celle qui a été nocive, pour ceux d’entre nous qui avaient auto-détruit leur système respiratoire, était la fibre courte qui, n’ayant rien pour l’arrêter, une partie allait se blottir au fond des poumons pour y rester.
J’ai lu deux livres couvrant cette période tourmentée d’avant et durant la grève, dont l’un qui a été signé par le jeune avocat d’alors, les deux bouquins ne mentionnent pas le mot tabac ou synonyme, comme étant ou ayant un certain lien avec les maladies que l’on disait causées par l’amiante. Nous, grévistes, avons crié au monde entier sa dangerosité.
Ce jeune avocat présent en 1949 à Asbestos, du nom de Pierre Elliott Trudeau, le Père, prit du galon et devient premier ministre du Canada.
Plus tard, par solidarité syndicale, moi aussi, par ma cotisation mensuelle, je contribuerai à maintenir cette phobie qui causera la perte de plusieurs milliers d’emplois et la mort de cette industrie centenaire.
Comment faire croire à une population de l’innocuité d’un minerai alors que ceux qui le produisent crient au monde entier qu’il cause des maladies à ceux qui le manipulent et pire, rendre malades des gens prétendant qu’il en a dans les lieux qu’ils fréquentent. Alors que la réalité est toute autre.
Je ne suis pas un anti-syndicaliste, il est bon de se féliciter pour les choses heureuses auxquelles nous avons participés, et il est aussi bon de reconnaître nos erreurs.
Justin Trudeau, le Fils
Quelques années plus tard, s’assoiera sur l’ex-trône paternel, comme premier ministre du Canada, son fils Justin Trudeau, qui héritera de cette phobie et acceptera que la chrysolite soit classée matière dangereuse, à bannir.
Peut-être qu’à son insu, il a agi comme s’il avait regardé dans un miroir, style Louis XIII, et a voulu répéter dans son « Royaume » ce que l’Europe avait vécu 400 ans plus tôt. Il voyait, grand, l’avenir devant lui, le miroir aussi était devant lui, reflétant le passé.
Le don du tabac en poudre à Catherine, reine de France, a rendu ce produit de la Colonie du Canada tellement populaire que le roi Louis a été forcé d’en interdire la vente dans le royaume. Même interdit, les tabagies, lieux où on le fumait restaient achalandées, devant cette popularité coriace, le roi décida d’en faire un monopole d’état et d’en empocher les revenus.
En Angleterre, l’engouement fut tel, que le roi Jacques 1er lui aussi en défendit l’usage et en plus, il écrivit un livre, intitulé Miso Capnos dans lequel il déconseille son emploi.
Le pape Urbain VIII se vit obligé de sortir son gros canon en prononçant l’EXCOMMUNICATION envers les fumeurs.
Tous ces gens responsables de la santé publique ont réagi négativement à cette autodestruction des voies et organes respiratoires.
Croyez-vous que Justin Trudeau, le Fils, montre qu’il a l’esprit sain en acceptant que l’amiante chrysolite soit bannie et d’un autre côté, il propose de légaliser l’usage du cannabis?
En agissant de la sorte, il ne se gêne pas de montrer qu’il a de l’ESPRIT de parti!
Charles-Émile Giguère, 84 ans, retraité de l’amiante
Crédit photos : internet