L’affaire Guibord

Depuis 20 ans, on décrit l’amiante. Elle donne la maladie, elle tue. On la dénonce, on détruit son industrie, on la met aux rebuts. C’est chose du passé.

Qu’en dira-t-on dans 100 ans? Est-ce que l’amiante aura retrouvé ses lettres de noblesse? Est-ce que la cigarette sera toujours bien vue? Quel sera l’état de la santé publique?

Je vous relate un fait du siècle passé, l’affaire Guibord. Je vous invite à le lire et à l’analyser. Qu’en pensez-vous? Y voyez-vous un parallèle entre cet événement créé par des gens qui se prétendaient être bien-pensants et celui de la situation de l’amiante.

Je suis curieux de connaître votre opinion…

L’affaire Guibord
Dans la nuit du 18 novembre 1869, un mort entra malgré lui dans l’histoire, cet homme c’est Joseph Guibord, dit Archambault. Il est typographe chez l’imprimeur montréalais Perreault et membre de l’Institut canadien. Cette histoire rocambolesque montre jusqu’à quel point l’autorité ecclésiastique et l’autorité civile ont pu se heurter à ce moment-là.

En mars 1858, l’évêque de Montréal est Mgr Ignace Bourget, un rigide ultramontain. Il demande à l’Institut canadien qui se veut une sorte d’université populaire, un lieu d’échange pour les intellectuels, de retirer les livres répudiés par la Congrégation de l’Index. Les membres catholiques de l’Institut devront quitter l’organisme s’ils ne se soumettent pas à la demande de l’évêque, violant par le fait même l’un des articles du Concile de Trente. Ce qui veut dire l’excommunication.

La Loi de l’Église
En novembre 1864, 17 membres de l’Institut canadien demandent à Rome de réviser la sanction. Peine perdue. La réponse est incisive : « Tous ceux qui continuent à fréquenter la bibliothèque seront excommuniés ». Le 17 novembre 1869, dans sa lettre qu’il poste de Rome où il se trouve, Mgr Bourget avertit son vicaire général et administrateur de l’évêché de Montréal, Alexandre F. Trudeau, qu’il doit refuser l’absolution, même à l’article de la mort, à tous ceux qui appartiennent à l’Institut canadien.

Voilà que Joseph Guibord, membre de l’Institut, meurt le 18 novembre 1869. On lui refuse les derniers sacrements. Le lendemain, plusieurs de ses amis accompagnent sa veuve, Henriette Brown, à l’église Notre-Dame de Montréal. Le curé, Victor Rousselot, refuse que la dépouille soit inhumée dans le cimetière de la Côte-des-Neiges dans le lot appartenant à la famille. Le 21 novembre, un dimanche, des amis transportent quand même le corps du défunt au cimetière. Le gardien Desrochers refuse de les laisser entrer. Deux cents personnes crient et hurlent à la barrière. On en vient aux coups. Finalement, les restes du pauvre Guibord sont ramenés au cimetière protestant.
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La Loi des Hommes
Des procédures sont intentées contre la Fabrique. Le juge Mondelet donne raison à la veuve Guibord. Mais le 12 septembre 1870, son jugement est renversé par la Cour de révision. En septembre 1871, la Cour du banc de la Reine donne raison à la Cour de révision. Après le décès de madame Guibord, en 1873, un autre membre récalcitrant de l’Institut, Jos Dourtre, porte la cause au Conseil privé. À la surprise générale, Londres donne raison à l’Institut qui obtient un bref de la Cour supérieure ordonnant au curé Rousselot de se soumettre au jugement. Le 2 septembre 1875, on tente de ramener le cercueil de Guibord au cimetière catholique, mais la bagarre éclate encore et on est forcé de rebrousser chemin vers le cimetière protestant.

Entre-temps, Mgr Bourget, qui n’en démord pas, publie une lettre pastorale dans laquelle il annonce à ses ouailles : «Le lieu où sera déposé le corps de l’enfant rebelle à l’Église se trouve séparé du reste du cimetière bénit, pour n’être plus qu’un lieu profane». Le 16 novembre 1875, escorté de militaires armés, de policiers nerveux, d’une foule excitée, Joseph Guibord fait une entrée remarquée dans le cimetière catholique. Il est inhumé au-dessus de la dépouille de son épouse. Et pour être bien certain que le pauvre Guibord restera à l’abri des extrémistes de tout acabit, on coule du ciment sur le site…
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