Derrière le scab, une réalité bien humaine

Le mot « scab », qui vient de l’anglais veut dire « galleux », a pris plus d’une génération pour sortir du vocabulaire de la population d’Asbestos. Je le sais par expérience, je marierai la fille d’un scab en 1955, soit six ans plus tard. Mon beau-père, père de 9 enfants, en plus d’être travailleur, était conseiller municipal et résidait tout près de l’église Saint-Aimé, dont le sous-sol servait de lieu de rassemblement aux grévistes. De plus, il était un irlandais anglophone qui avait été adopté à l’âge de treize ans par une famille irlandaise qui vivait sur une ferme tout près de la ville d’Asbestos et sur laquelle, il avait semé un champ de patates.

Qu’elle ne fut pas sa surprise de trouver, un bon samedi matin, tous ses pieds de patates arrachés, sur la terre de l’érablière de sa famille adoptive Coakley!

Déçu, en revenant à la maison, il raconta à sa famille que ses grands-parents restés en Irlande avaient survécu à la famine en mangeant des patates plusieurs années de suite et qu’une maladie s’était déclarée qui en causait la pourriture, donc sévère ration pour l’hiver à venir et pas de semence pour le printemps prochain. Toutes autres cultures qu’ils pouvaient faire étaient sévèrement réquisitionnées par les soldats anglais pour le compte de leur gouvernement qui les exportait.

Devant cet échec de l’année 1949, mon beau-père se promit que c’était la dernière année qu’il pratiquait son talent de jardinier. En bon irlandais décidé, il tint parole et jamais il mit en valeur ses talents de jardinier.
Ainsi se termina la grève de l’amiante en 1949 à Asbestos.