Vu que la grève est déclarée illégale, les autorités exigent le retour au travail, que refusent les employés. Une centaine d’employés syndiqués ont dit « NON » à la grève, ayant voté contre, se présentent au travail.
La compagnie sollicite les gens de la région en promettant un emploi permanent, même après le règlement de la grève. Ces gens auront droit à un nouveau titre « Les maudits scabs » et leur nombre augmente de plus en plus avec les semaines qui passent.
La CJM publie dans les journaux que sa production est bonne et qu’elle contrôle la situation. Ce sera le seul producteur d’amiante à avoir eu recours à des briseurs de grèves. Un article paru dans La Presse spécifie qu’un juge de la Cour supérieure de Sherbrooke étudie la possibilité de retirer le permis d’exploitation de la mine s’il n’y a pas de retour au travail. Les grévistes ont eu le moral bas, une chance qu’ils ont reçu le soutien moral et financier, de la nourriture et le support du clergé autorisant des quêtes dans l’église et différentes activités caritatives.
La population les supportait en général, exceptés les « ultra Union Nationale » qui n’y voient que du communisme et de la subversion.
Les grévistes qui voient les scabs, escortés par des agents de la police provinciale, aller et venir faire leur ouvrage, en ont assez, les processions à réciter des prières, c’est bon, mais les résultats se font attendre. Le gouvernement de l’Union Nationale avec son ministre du travail Barrette sont carrément et officiellement contre eux, ils ne leur restent qu’une chose à faire. « Demain matin, le 5 mai, on monte des barricades aux principales voies d’accès à la mine. » Ce qui fut fait. Il y eut des échanges de mots « très impolis », même des autos se sont retrouvées les 4 roues à l’envers.
Là, a commencé le grabuge qui dégénéra en émeute. Pour rétablir la paix et l’ordre, on dépêcha un contingent d’une centaine de policiers (des méchantes langues ont osé dire que c’était plus des fiers à bras sélectionnés pour « casser » ces faiseux de troubles). Parmi ces supposés policiers, plusieurs n’avaient pas le comportement de qui veut maintenir la paix. Et plusieurs d’entre eux, s’ils n’étaient pas éméchés, en avaient tout le comportement. Et certains opposants se sont fait moucher à coup de poing. Et toutes sortes de baratins du même genre.
Il y a deux versions très différentes des faits et gestes relatés par les journalistes, qui dit vrai?
Dans livre le Quatuor d’Asbestos, en pages 334 et 335, un certain Gerhard, journaliste a noté entre autres et je cite : « …que le groupe communiste LPP de Montréal est ici, que de 15 à 20 membres de l’Union des Marins sont ici, qu’il a vu une scène révoltante : le curé Camirand a dit à un autre prêtre, entourés des chefs syndicaux (Larrivée et Hamel) : « Dire aux grévistes de tenir bon et de résister à la police et il répéta sa haine de la compagnie et des exploiteurs américains. Je le vis bénir les grévistes pendant que ces derniers brandissaient leurs massues et réclamaient à grands cris une démonstration de force contre la police. »
Custos, cette taupe anonyme, affirme que le LPP est le maître de la situation et que la CTCC est à la traîne des communistes.
Pour épauler la pauvre CJM en conflit de travail, le premier ministre Duplessis et son ministre du travail Barrette ont utilisé comme méthode vicieuse de faire paraître ce genre de canulars dans la presse parlée et écrite, tout au long des 5 mois de grève.
Le 15 juin 1949, la CJM fit paraître, dans différents journaux locaux, une nouvelle disant qu’elle se prépare à déménager tout son équipement à Larder Lake, Ontario, à 9 miles de Kirkland Lake, endroit où elle exploite une petite mine d’amiante. Le président Mr Brown déclare que la compagnie dépensera six millions de dollars pour les nouveaux aménagements et transportera là-bas la machinerie d’Asbestos.
Était-ce sérieux ou du chantage pour écœurer les mineurs découragés qui ne s’attendaient pas à un arrêt de travail aussi long? La direction de la compagnie faisait circuler des pamphlets accusant les dirigeants du syndicat de faire éterniser la grève et que les employés faisaient des pressions auprès d’elle pour hâter le retour au travail.
Peu après ces troubles, la CJM avisa toutes les parties impliquées qu’elle était prête à retourner négocier à condition qu’elle conserve à son emploi les briseurs de grève et qu’elle refusait de reprendre une vingtaine de grévistes. La réponse fut catégorique : NON à 976 votes contre 37 pour, lors de l’assemblée du samedi 18 juin.
Enfin, le vendredi 24 juin 1949 à Thetford-Mines, les compagnies Asbestos Corporation, Flintkote et Johnson acceptèrent la proposition syndicale élaborée avec le concours de Mgr Roy, archevêque de Québec. À Asbestos, les négociations achoppent, la CJM refusant de réembaucher vingt grévistes et voulant conserver à son emploi une centaine de briseurs de grève.
Le lendemain, samedi 25 juin, à une heure et trente du matin, encore sous l’Influence de Mgr Roy, la compagnie octroyait une augmentation de dix cents de l’heure et garantissait du travail à tous ses employés, sans aucune discrimination. Pour certaines clauses en suspens, on s’en remettrait au verdict d’un tribunal du travail.
Quatre jours plus tard, la première équipe de travailleurs traversait les barrières pour reprendre la besogne abandonnée cinq mois plus tôt.