Le tabac

Le tabac est une plante d’Amérique. Les autochtones le fumait dans des pipes, nommées calumets; c’était leur manière d’officialiser leurs ententes après une guerre lors d’un pawa, ils se le passaient d’une bouche à l’autre pour démontrer qu’ils avaient une intention commune : la paix.

Le premier fumeur européen
Le premier européen à fumer du tabac dans son pays a été Sir Walter Rawleigh. Au retour d’un voyage de la région qui allait devenir l’état de la Virginie, bien assis dans son fauteuil, pour impressionner ses amis, sortit une pipe de sa poche, la remplit et l’alluma. Quelques instants plus tard, une servante arrive et voit que Sir Walter exhale de la fumée, convaincue qu’il n’y a pas de fumée sans feu, n’écoutant que son courage, saisit le pichet sur la table voisine et lui en lance le contenu à la figure.
L’euphorie de sa première pipée de tabac, en sol anglais, fut de courte durée, mais qui tout de même, passa à l’histoire.

La consommation du tabac
Le tabac a été utilisé de différentes façons : pressé dans des pipes, enroulé dans du papier, aspiré par le nez, et aussi chiqué.

Des pipes, il en avait de plusieurs formes et grandeurs et de différents matériaux, voire en épis de maïs auxquels étaient fixés des bouquins de différentes longueurs.

Mon grand-père maternel en avait une demi-douzaine : une couple pour le dimanche, d’autres pour le travail, celles-là avaient le bouquin plus court, une autre spéciale avec un couvert perforé qu’il utilisait quand il travaillait dans la grange comme mesure d’anti-feu.

Quand il voulait se reposer de la pipe, rien de mieux qu’une bonne chiquée de tabac, c’est bien simple à faire : prendre une pincée de tabac, au lieu de la mettre dans la pipe, c’est dans la bouche qu’elle va, et de la mâchouiller comme de la gomme et ne pas l’avaler. Cette activité provoquait une accumulation de salive qu’il crachait sur le sol lorsqu’il était à l’extérieur. Mais quand il était dans la maison, il avait développé une expertise de précision comme un golfeur qui fait un trou d’un coup, pour lui son objectif, c’était de projeter ce surplus de salive dans le crachoir même s’il était à 4 pieds de distance. Au bout d’une quinzaine de minutes, c’était toute la chiquée qui avait le même sort.

La culture du tabac à cigare

J’ai pratiqué la culture du tabac à cigare, à Saint-Césaire, dans la région de Granby, avec ma famille.

Aux premiers jours, c’était la sortie d’environ 2 000 plants de tabac de la serre, pour les planter dans les champs. Le plantoir est constitué d’un réservoir d’eau, derrière lequel il y a deux sièges. Le plantoir créait un sillon dans la terre et versait un jet d’eau à une distance calculée. Les deux planteurs étaient assis côte à côte au raz-du-sol, derrière le réservoir, les jambes allongées, avec leur boîte de jeunes plants sur les cuisses et plantaient chacun leur plant, à tour de rôle.

Lorsqu’on plantait, je voulais avoir des champs aussi beaux que ceux de mes voisins. J’admirais beaucoup les belles lignes droites parallèles dans les champs des voisins. Au volant du tracteur, alignant une décoration sur le capot du moteur avec le clocher de l’église de Rougemont, c’était peine perdue, j’avais toujours des rangs croches. À Réjeanne, mon épouse qui me taquinait sur mon insuccès répété, je lui ai répondu que c’était causé par le cousin de mon voisin qui était bedeau et qui déplaçait le clocher ! Elle m’a regardé du coin de l’œil, comme si j’avais été menteur!

Au bout de quelques semaines, il faut « édrageonner » les plants, opération qui consiste à enlever les jeunes feuilles entre celles déjà en place et la tige, dans le but de diriger toute la sève vers les autres.

La récolte du tabac
La récolte commence vers la fin d’août. Tôt, le matin d’une journée qui s’annonce pour être belle, un coupeur se dirige au champ avec un gros sécateur pour couper des tiges d’un pouce et demi de diamètre qui seront laissées sur le sol afin que les larges feuilles deviennent fanées pour être manœuvrées sans brisures, car elles sont payées selon la qualité. Une fois ce stade arrivé, la marmaille dûment renseignée apporte les tiges une à une, manœuvre qui en répartira six sur une latte en prenant soin de laisser six pouces libres à chaque bout et la placera sur un wagon plate-forme qui sera tiré au séchoir à tabac.

Le séchoir à tabac
Le séchoir à tabac est une bâtisse sans porte bâtie sur des blocs de ciment, de dimension de 20 par 40 pieds, plus de 20 pieds de haut, rien qui nuise à la circulation de l’air. Une fois la voiture pleine de lattes entrées au séchoir, un aide y monte, saisit une latte, la donne à un autre aide, à un étage supérieur, geste répété jusqu’ au dernier qui lui est au sommet, qui pose les extrémités sur des pièces parallèles en laissant un espace de 6 pouces entre les lattes pour la circulation de l’air.

Ces funambules se déplacent sur des pièces de bois qui servent de support pour ces lattes, n’ayant rien pour se sécuriser, même pas de garde-fou! Si l’un d’eux part vers le bas et tombe de plusieurs pieds, il ne remonte pas en haut, car ça prend deux bonnes jambes qui se déplacent tranquillement et solidement. Si cette opération est faite trop tôt le matin alors qu’il y a encore de la rosée sur les tiges, elle dégoûte sur ceux qui travaillent en dessous, une goutte de rosée de tabac dans un œil, ça brûle en « titi ».

Ayant commencé à placer les lattes par le haut, il est normal de finir par le bas.
L’opération récolte vient de finir, les aides seront de retour en classe prochainement. L’arôme du tabac flotte dans l’air autour du séchoir.

L’effeuillage du tabac
L’opération, effeuillage, se fera à la fin des travaux sur la ferme. L’endroit idéal pour cet ouvrage est dans l’étable, pleine d’animaux qui fournissent la chaleur et l’humidité nécessaires pour assouplir la rigidité des feuilles qu’il ne faut pas briser, car il faut manipuler avec attention, la paie en dépend.

Le problème : nous n’avons pas de vaches, le voisin en a 60. « M. Grenier me permettez-vous que j’aille effeuiller mon tabac chez vous? » « Ben oui, ça me faire plaisir, tu me le diras lorsque tu seras prêt, j’enverrai mes deux gars pour descendre ton tabac. » La tâche des funambules est inversée, on commence par le bas à enlever les lattes pour finir avec celles du haut.

Je peux vous dire que faire des tâches comme ça en hauteur avec des jeunes et même des moins jeunes, on est bien content quand c’est fini sans accident.

Cette culture du tabac à cigare est chose du passé. J’ignore de quelles façons les gens de la région de Joliette cultivaient leur tabac à cigarette.