Je poursuis mon voyage dans le temps en vous partageant des éphémérides. Je vous invite, pour ce blogue de mai, à vivre les trois dernières années de la Seconde Guerre mondiale, soit celles de 1943 à 1945, tels que relatés par la Société d’histoire d’Asbestos dans un cahier spécial du journal l’Actualité-Étincelle.
À ces textes, j’ajoute à l’occasion mon grain de sel et quelques souvenirs personnels.
1943
8 janvier – Deux citoyens de la région viennent d’être décorés de la Médaille de l’Empire britannique par le roi de la Grande-Bretagne, George V1. Le premier, William Hetherington d’Asbestos a servi son pays sur un destroyer dans l’Atlantique comme officier-pilote électricien, le second, un résident de Richmond, Maurice Aldred Wittingham RCMVR (raison non-précisée).

5 février – Enfin la municipalité de Wotton gagne sa cause. En 1935, elle a confié un contrat pour la construction d’un aqueduc municipal devant lui coûter la somme de 26 000 $. Une fois les travaux terminés, le contracteur (non-identifié) réclame un montant additionnel de 22 000 $. La municipalité demande à la Cour supérieure de régler le conflit. Cette dernière donne raison au demandeur. Non contente de ce verdict, la municipalité s’adresse à la Cour suprême dont les 5 juges, unanimement, lui donne raison, 8 ans après la fin des travaux.
18 août – La Chambre de commerce de Richmond visite la mine Chrome de St-Cyr, une industrie prospère qui extrait 45 tonnes de minerai de chrome par jour. Ce minerai est incorporé aux peintures de première qualité dans les films cinématographiques et aussi pour l’imprimerie des billets de banque de la Monnaie royale du Canada. Étant un matériel très dur et résistant à l’usure, il était employé pour garnir le contour intérieur des canons.
1944
13 mai – Au cours de la guerre 1939-45, la marine canadienne a fait construire 6 corvettes, genre de bateau rapide pour accompagner les convois sur l’Atlantique Nord, armées de canons anti-aériens. L’une de ces corvettes reçut le nom d’Asbestos en l’honneur du groupe qui avait participé à sa construction faite en juin 1942 à un chantier maritime de Québec et lancée dans l’action le 22 novembre 1943.

Une forte délégation de la Ville et la présentation d’un habit d’amiante au quartier-maître ont fait qu’Asbestos fût à l’honneur. La corvette Asbestos n’eut qu’un seul commandant, J. Cuthberg, RCNR. Sa première tâche fût d’accompagner le convoi HXF.307, le 10 sept. 1943. Elle a continué son boulot jusqu’à la fin de la guerre. Elle fut désarmée à Sorel en juillet 1945 et vendue à la marine dominicaine en 1947. Devenue un simple bateau, la corvette Asbestos fait naufrage le 13 février 1949 au large de Cuba. L’épave fut ramenée à la Nouvelle-Orléans pour être démolie en mars 1949.
23 juin – Le trajet pour aller d’Asbestos à St-Georges-de-Windsor sera raccourci de 2 miles en achetant du terrain d’Edgad Rondeau et en obtenant un droit de passage de la CJM au montant de 1 100 $.
21 juillet – Les travaux pour la mine souterraine vont commencer le 1er août prochain. Le site choisi est situé au coin des rues St-Georges et Bourbeau. Une équipe spécialisée commencera une excavation d’une profondeur de mille pieds qui servira d’entrée pour cette activité souterraine.
13 octobre – La ration hebdomadaire de viande, per capita, sera de DEUX livres/semaine. La volaille et le poisson sont exclus de cette restriction. Ce qui assure un standard nutritif pour les Canadiens.
10 novembre – On ouvrait le chemin pour aller à Drummondville. Il est fort probable que le chemin pour Montréal serait ouvert par le chemin de Drummond, car on sait que les hivers précédents, il fallait passer par Victo ou Sherbrooke pour aller à Montréal (cause non mentionnée).
C’est qu’auparavant, les accumulations de neige sur les routes de campagne rendaient la circulation automobile impossible. Sur les routes secondaires, où il y avait habituellement des bancs de neige, on fermait la route pour la contourner en passant sur la ferme voisine en donnant un pourboire au propriétaire qui attendait dans son cabanon chauffé la venue d’éventuels automobilistes.

ARCHIVES DE LA VILLE DE QUÉBEC
La conduite hivernale d’une auto était très différente de celle d’aujourd’hui. Rares, étaient les autos équipées de pneus d’hiver et celles qui en avaient, c’était sur les roues arrières seulement. Les camions déneigeurs étaient équipés de charrue en forme de V, ce qui laissait peu d’espace à la partie carrossable de la route dont les côtés étaient légèrement surélevés par rapport à la partie centrale dégagée où les autos roulaient. Pour rencontrer l’auto venant en sens inverse, il fallait ralentir et se tasser vers le côté droit, le maximum possible.
17 novembre – Épidémie de diphtérie à Asbestos. De nombreuses personnes ont contracté cette maladie contagieuse. Plus de 1 200 enfants ont été inoculés et pourront retourner à l’école. L’Unité sanitaire a effectué de nombreux tests chez les personnes qui ont été en contact avec eux.
24 novembre – On projette pour l’an prochain de faire une artère dont l’emprise aura 66 pieds de large pour aller à Wotton et abattre les côtés de la sortie d’Asbestos pour répondre aux besoins du trafic.
1945
12 janvier – La Chambre de Commerce des jeunes d’Asbestos a tenu une soirée Boucane. Après l’assemblée présidée par M. Paul Filteau, une soixantaine de membres ont reçu une pipe de blé d’Inde et du tabac et chacun s’est donné à cœur joie de faire de la boucane tout en continuant à jouer aux cartes.
26 janvier – La ville de Richmond s’est classée 5e au Canada et 1re au Québec pour la prévention des incendies. Elle était en compétition avec 600 villes de moins de 5 000 habitants. Cet honneur souligne le beau travail du chef des pompiers, M. Joffre L’Heureux et ses pompiers volontaires.
8 mai – Journée historique – La Seconde Guerre mondiale prend fin en Europe. L’acte de capitulation fixe la cessation des hostilités en ce jour du mardi 8 mai à 23 h 01.
8 mai – Par une proclamation du maire d’Asbestos, le 8 mai a été déclarée ‘’Journée Officielle de la Victoire’’. Toutes les places d’affaires ont été fermées. Le défilé comprenait les membres des associations locales et 2 régiments de l’armée de réserve dont le Régiment de la Chaudière et des véhicules militaires venus de Bury, spécialement venus pour cette occasion. Une garde d’honneur s’était formée pour recevoir le salut des troupes. Pour terminer, un appel fut lancé de se rendre à l’Hôtel de ville. À la surprise de tous, un orchestre s’était installé sur le balcon et la rue était devenue un plancher de danse.
11 mai – Jour V pour les gens de Windsor – L’annonce de la reddition des forces allemandes provoqua une joie immense dans la population. Des chars pleins de jeunes, fous de joie, encombraient les rues de la ville. Le lendemain, une messe solennelle et une communion d’Action de Grâces furent célébrées. Une grande parade se forma dans la cour du collège, Chevaliers en tête, suivis des Vétérans de la guerre 1914-18, les membres de l’Armée de Réserve, des aviateurs canadiens, chars blindés et nombreux membres d’organisations sociales.
17 août – La paix est revenue dans l’Univers. Le Japon qui avait continué seul la guerre a accepté les termes de reddition proposé par les Alliés.
28 septembre – Une réussite industrielle canadienne française – Les laboratoires de la compagnie Familex situés à Montréal fournissent des produits sanitaires et culinaires vendus par 900 détaillants répartis au travers de tout le pays.
26 octobre – Le Syndicat des employés de la mine d’amiante de Norbestos se sont joints au syndicat des 1 400 employés syndiqués de la CJM (Cie Johns-Manville) affiliés à la CTCC (Centrale du Travail Catholique Canadien).
9 novembre – Le Club de ski d’Asbestos envisage de construire un chalet sur un terrain fourni gratuitement par la CJM, qui est situé près du chemin menant à St-Georges de Windsor. Mme Nelly Evans, propriétaire de la colline, a accordé d’y faire du ski.
16 novembre – Pour fêter le retour de 175 militaires d’Asbestos et de Danville, on organise un banquet à la salle du club AAAA. Les anciens Vétérans de la guerre 1914-18 se joignirent aux nouveaux Vétérans à la grande table d’honneur pour entendre les discours des dignitaires pour saluer leur bravoure et courage.
7 décembre – M. Roland Dupuis, entrepreneur de pompes funèbres, sollicite du conseil de ville, l’entretien hivernal du chemin menant au cimetière. Il cite les nombreux déboires vécus par les parents et amis venus pour faire leurs ultimes adieux aux disparus.
14 décembre – À Saint-Félix-de-Kingsey, une conflation causée par un feu de cheminée rase 2 magasins et 3 maisons et cause du dommage à plusieurs résidences. Sept familles totalisant 30 personnes se trouvent sans abris quelques jours avant la fête de Noël.
Souvenirs personnels d’un jeune adolescent
J’ai 13 ans. Au début du mois de juin 1945, mes parents ont acheté une ferme située sur le deuxième rang de Wotton, (l’actuelle rue Laurier) et mon père a présumé qu’il manquerait de foin pour nourrir son troupeau. Même si la période était avancée pour la fenaison, mon père a acheté le foin, encore debout sur un terrain vacant dans ce qui est aujourd’hui Saint-Barnabé.
Le 17 août 1945, voilà que j’accompagnais mon père lors du dernier voyage, les deux assis sur le foin, nous montions la côte du Shoe, lorsque les cloches de l’église Saint-Aimé se sont mises à sonner, la sirène des pompiers à hurler.
« Mais voyons, le monde est en train de virer fou, qu’est -ce qui peut bien se passer?» Des autos klaxonnant descendaient la côte dans notre direction. Des hommes, le buste sorti à l’extérieur de l’auto, tout en gesticulant, criaient à pleine tête « LA GUERRE EST FINIE, LA GUERRE EST FINIE. »
Savez-vous ce que nous avons dit en arrivant à la maison : « LA GUERRE EST FINIE, LA GUERRE EST FINIE ». C’était absolument incroyable!
Une anecdote invraisemblable, d’une autre époque…
La côte du Shoe, c’est quoi ça? C’était la voie d’entrée à Asbestos venant de Danville après le premier agrandissement de la mine qui eut lieu au cours des années 1930. Elle longeait la clôture marquant la limite de la mine en montant une grande courbe qui nous amenait à la jonction des rues du Roy, Noël et Saint-Aimé.
En 1939, à Asbestos, il y a eu une grève de courte durée, mais violente.
Le gérant de la mine, M. Shoemaker, au caractère hautain, n’était pas apprécié des employés, demeurait près de cette triple jonction.
Les grévistes se sont emparés de ce personnage impopulaire et l’ont placé dans une boîte à cochon, l’ont transporté à Danville et l’ont placé à bord d’un train en partance pour Montréal.
Une boîte à cochon servait, comme le dit son nom, à transporter un seul cochon à la fois.
Elle était plutôt longue et haute que large. Une fois entrée à l’intérieur, la bête ne pouvait pas en sortir d’elle-même.
Maintenant pourquoi le mot Shoe? Un éleveur qui veut déplacer un cochon s’agite les bras étendus en criant shou (ou shoe, de la même consonance).
Le gérant n’a pas dû aimer ce genre d’adieu, car il ne fût jamais revu à Asbestos.
Cette histoire me fut racontée par plusieurs et jamais je n’ai entendu quelqu’un la contredire!
Source : Société d’histoire d’Asbestos – Wikipédia – Gouvernement du Canada/historique des navires – Le Soleil/Archives de la Ville de Québec