Depuis le tout début de la colonisation du Nouveau Monde, la boisson a toujours été un sujet de controverse entre les autorités et le peuple.
Les arrivants Européens firent connaître l’usage de la boisson qui causa beaucoup de vicissitudes chez les Amérindiens. En contrepartie, ces derniers initièrent les ‘‘visages pâles’‘ à l’usage du pétun, mot qui allait devenir ‘‘tabac’‘ en souvenir de l’île Tobago, où les marins Espagnols découvrirent cette nouvelle plante aux effets euphorisants qui fût la cause de nombreuses maladies chez les pétuneurs.
La première boisson à inonder le Nouveau Monde fut le rhum, boisson tirée de la fermentation du jus de la canne à sucre antillais importé aux îles françaises de Saint-Pierre et Miquelon. Ces îles ont servi de base d’entrée maritime pour le commerce illégal aux USA et au Canada.

Devant l’usage incontrôlé de la ‘‘dive bouteille’‘, les autorités à tendance puritaine des deux pays avaient prohibé la distillation, la vente et la consommation de liqueurs alcooliques, exception faite pour fins médicales et religieuses. Cette interdiction était plus stricte aux USA et les douanes sont devenues de véritables passoires.
À preuve, cette anecdote racontée par plusieurs ‘‘vieux ’‘ Asbestriens, connaissances de Tino, surnom de Séraphino qui travaillait occasionnellement pour un croque-mort résidant sur la rue Saint-Edmond à Asbestos au cours des ‘‘années folles‘‘, surnom donné aux années situées entre les deux guerres universelles, soit celles de 1914-18 et de 1939-45.
Tino, ce célibataire endurci et noceur invétéré, aimait faire le bouffon lors de rencontres. Pour occuper la période tranquille entre deux décès, le croque-mort du nom de Bilodeau invitait Tino pour aller chercher ‘‘un mort’‘ aux USA pour le ramener à Asbestos.
Au début du voyage, Tino occupait le siège réservé au passager, le cercueil était bourré de ‘‘Moon shine’‘. Arrivés aux douanes : ‘’Ou allez-vous Monsieur?’’ ‘’Je vais chercher un citoyen canadien mort aux USA’’. Suivie de toutes les questions d’usage. Et le douanier de leur donner ce conseil : ‘’O.K. Soyez prudents.’’ Vers la fin du jour, Bilodeau revient aux douanes, Tino, le passager lors du voyage d’aller est devenu le mort maquillé couché dans le cercueil lors du voyage de retour.

La boisson ‘’Moon shine’’, elle, est restée chez un hôtelier peu respectueux des lois aux USA.

Au cours de cette période, les douaniers étaient moins questionneux que ceux d’aujourd’hui.
‘‘Êtes-vous d’opinion que la vente des bières, vins légers, et cidres, tels que définis par la loi devrait être permise?’‘. Voilà la question qui fut posée à la population québécoise lors du référendum tenu le 10 avril 1919. Le OUI l’emporta par 78,62 % des voix exprimées.
Le Québec était la seule région du Canada et des USA où une certaine consommation était permise.
Une chute de la rivière Nicolet servait de source de pouvoir pour motoriser l’équipement de la papeterie Nicolet Paper située à un mile la Ville d’Asbestos.
Étant considérée comme cours d’eau servant au transport, le terrain couvert par l’eau était de juridiction fédérale tandis que les rives adjacentes étaient sous juridiction provinciale.
En homme avisé, un fermier riverain, Hormidas Roux a trouvé une manière de tirer avantage de ce mélimélo juridique. Durant un hiver, il transporta de la roche qu’il déposa sur la glace d’un élargissement peu profond de la rivière, appelé les Trois-Lacs. Après la fonte de la glace, reposant sur le sol, elle servit de base pour la construction d’édifice pouvant accueillir une centaine de fêtards.
Dans une telle situation plutôt ambivalente, qui avait l’obligation de faire respecter le bon ordre, la Police provinciale, la PP, ou la Gendarmerie royale du Canada, la RCMP? Plusieurs personnes étaient fières de venir fêter sur la plus petite île du monde, l’île à Roux. Une dizaine d’années plus tard, une partie de l’édifice fut démolie et l’autre fut déplacée sur le rivage et sert encore en 2020 de résidence dans la municipalité de Saint-Rémi-de-Tingwick.

Pour perpétuer cette initiative plutôt loufoque, la populaire brasserie Le moulin 7 d’Asbestos a fait une cuvée pour commémorer cet audacieux fait et l’a nommé ‘‘L’île-à-Roux’‘.

Deux ans auparavant, les propriétaires ont fait une brassée avec de l’eau cueillie dans le trou de la mine Jeffrey. Cette eau avait été analysée par un laboratoire au préalable et fut trouvée sans danger pour la santé. L’un des propriétaires de la brasserie était fier de la nommer ‘’La Moulin 7’‘, faisant ainsi un pied de nez à ceux qui croient que l’amiante est dangereuse, car son père avait œuvré plus de 40 ans à l’entretien du moulin en contact continu de la fibre et n’en a subi aucune séquelle.
En cette journée de mon 88e anniversaire, je prends une bonne gorgée de ‘’L’île-à-Roux’’ à votre santé!
Charles-Émile