La grippe espagnole

La grippe espagnole

Faire de l’histoire c’est d’abord raconter… La grippe espagnole

Première vague meurtrière

« Quand la grippe espagnole arrive au Québec, fin septembre 1918, les médecins savent ce qui se passe en Europe et sont conscients qu’elle n’est pas une grippe comme les autres », relate Magda Fahrni dans Québec Science. Cela fait déjà plusieurs mois, en effet, que la maladie sème la terreur. On ne connaît pas encore exactement le lieu où est apparu le virus, mais on sait que les premiers cas ont été rapportés au début de l’hiver 1918, dans des fermes isolées au Kansas.

Au Québec, « Savez-vous que la terrible épidémie de grippe espagnole, qui a débuté à Victoriaville en 1918, est devenue une pandémie qui a fait le tour du monde, laissant dans son sillage de 40 à 100 millions de morts? » Monique T. Giroux, historienne

Le nombre total des victimes de la grippe espagnole, au niveau mondial est beaucoup plus grand que celui des deux guerres mondiales du 20e siècle, et se situe entre 40 et 50 millions de morts. Le mot pandémie désigne une épidémie qui a importuné le monde entier de 1918 à 1919.

Ce nom de « grippe espagnole » lui fut donné parce que l’Espagne était restée neutre dans la guerre de 1914-18 et a été le premier pays à reconnaître publiquement que cette maladie était causée par un virus d’origine inconnue qui s’attaque au système respiratoire avec un effet très rapide qui faiblit à la chaleur de l’été mais qui est revenu à l’automne avec beaucoup plus d’intensité.

Une personne infectée par le virus pouvait être contagieuse 24 heures avant de présenter des symptômes. La durée de la vie du virus pouvait varier de 3 à 5 jours. Les jeunes enfants et les personnes âgées pouvaient être contagieux 14 jours après le début des symptômes.

À Victoriaville au Centre-du-Québec

On ne peut déterminer la cause de cette épidémie. Est-ce un soldat en congé? La présence d’un étudiant étranger? Peut-être la présence de visiteurs au Congrès Eucharistique de Victoriaville en 1918  provenant du Canada, de l’Europe et des USA. Ce qui est certain, c’est que 40 000 fidèles s’ajoutèrent aux 5 000 résidents du 12 au 15 septembre 1918. La messe papale avait assemblé sous la pluie 25 000 fidèles. Le tout se termina par une procession qui était suivie par une calèche pour accueillir les gens fatigués, indisposés par une toux sèche inhabituelle.

L’immense feu de joie et le feu d’artifice furent contremandés. Âgé seulement de 40 ans, le frère Donat, meurt le 18 septembre. Du 19 au 22 septembre, la mort vint chercher les frères Pierre, 31 ans et Boniface, 29 ans et 6 élèves.

La communauté des Frères du Sacré Cœur dirigeait un collège commercial sur la rue Ermitage à Victoriaville. Le 23 septembre 1918, le Ministère de la santé a décrété la fermeture de l’établissement à cause d’une épidémie de grippe. Quelque 420 élèves ont été retournés à la maison; alors qu’une quarantaine d’autres, trop malades, sont restés au collège.

Les nombreux participants au Congrès eucharistique, de pieuses personnes, venant d’aussi loin que la Nouvelle Angleterre, ramenèrent avec elles dans leurs foyers respectifs, sans le savoir, un virus inconnu et très contagieux.

 D’où venait ce mystérieux virus?

En Europe, les nations ennemies s’entretuaient et étaient très discrètes sur la maladie qui décimait les deux armées tandis que l’Espagne ne faisait pas partie des belligérants. Ce sont, eux les espagnols, qui n’avaient rien à cacher, qui ont crié en premier au monde entier que c’était un virus d’origine inconnue qui en était la cause. Plus tard, des chercheurs prétendent que ce virus provenait d’un camp militaire de la région du Kansas où on élevait des porcs pour nourrir les troupes.

Ce serait les fientes de ces animaux qui, en contact avec celles d’oiseaux migrateurs, auraient en quelque sorte servi de laboratoire pour créer ce nouveau virus qui aurait contaminé 500 soldats dont 48 en seraient décédés en mars 1918. Les survivants, porteurs de ce virus auraient été envoyés au front en avril 1918. Le fléau se répandit au travers de toute l’Europe et de ses colonies. En quelque semaines, les troupes des deux armées en furent infectées. La censure forçat les deux clans ennemis à taire ce fait. Fin de la première vague.

Deuxième vague de propagation meurtrière

Cette deuxième vague fit 10 fois plus de victimes. Les conditions déplorables dans les tranchées et les grands rassemblements firent en sorte que la pandémie prit des proportions foudroyantes autant chez les militaires que dans les civils. La grippe espagnole a fauché 4 fois plus de vies en 2 fois moins de temps que la guerre.

Une des raisons pour laquelle cette grippe continua à faire de nombreuses victimes une fois la guerre terminée, c’est que les soldats des deux armées étaient encouragés à fumer. Pour être sûr qu’ils ne manquent pas tabac, des chiens entraînés parcouraient les tranchées longues de plusieurs kilomètres. Ils avaient, fixées au dos, des sacoches emplies de cartoons de cigarettes et de tabac à pipe. Le commandant en chef des armées alliées, l’américain John Pershing avait dit, à une réunion tenue à la Maison Blanche 2 ans après le début de la guerre : « Pour gagner cette guerre, j’ai besoin autant de tabac que de balles ». Lui connaissait le pouvoir du tabac sur le psychique de l’Homme; il a gagné sa guerre, mais que sont devenus ces héros, même gagnants, ils étaient victimes du tabac qui avait empoisonné leurs organes vitaux.

Ils avaient vaincu les armées ennemies et détruit ses armes meurtrières mais étaient devenus impuissants devant deux ennemis qui s’attaquent au système respiratoire : le virus, microscopique à effet très rapide, en moins d’une semaine, le malade mourrait asphyxié, ses poumons noyés dans du mucus. L’autre, le tabac qui a agi comme un suicide lent à effet retardé qui a annihilé et a asséché les poumons qui ont pour mission d’oxygéner le sang. Les organes nourris par un sang empoisonné ont développé de nombreuses maladies létales plusieurs années après la fin de la guerre.

Hommes masqués en 1918

Pour en apprendre davantage sur Ce qui a changé et ce qui n’a pas changé depuis la grippe espagnole, je vous invite à lire cet excellent reportage de Radio-Canada.

Source : Monique T Giroux, historienne, L’Université Populaire;  Québec Science;  Wikipedia; Radio-Canada;   photos : Internet


Prochain rendez-vous en mai avec des histoires de survivants à la Covid-19.