Un peu d’histoire territoriale d’abord
Les premiers européens à s’intéresser au Nouveau Monde furent les Espagnols à qui le pape Alexandre VI, d’origine espagnole, avait donné les terres que Christophe Colomb allait découvrir et mettre en valeur.
Les Portuguais non contents de cet arrangement firent des représentations auprès du pape et obtinrent par négociation une partie de l’Amérique du Sud : le Brésil.
Non contents de cette décision arbitraire, d’autres pays s’intéressèrent aux régions plus nordiques. Les Anglais s’installèrent dans la région américaine que sont aujourd’hui la Virginie et la Caroline.
Le roi François 1er chargea Jacques Cartier de prendre possession des terres arrosées par le grand fleuve qu’il nommât « Saint-Laurent » en l’honneur du saint que l’Église catholique vénérait ce jour-là, le 10 août 1534.

Le Roi François 1er
Les colons français s’établirent sur des terres proches des cours d’eau qui leur servaient de route. Leur mode de vie était calqué sur celui des seigneuries françaises où le fond de terre appartenait au seigneur qui le « prêtait » aux censitaires, en échange d’une partie des produits qu’ils en retiraient.
La grande région occupée par les Cantons-de-l’Est actuels avait été reconnue par le gouverneur français Louis de Buade de Frontenac comme étant le terrain de chasse et de pêche des Abénakis.

Le gouverneur français Louis de Buade de Frontenac
Arrive la rébellion de 1760
Les Anglais sont les nouveaux maîtres. Tout a changé et tout va encore changer.
Les colons anglais installés en Amérique dans la région appelée Nouvelle-Angleterre se rebellent contre l’autorité de la Mère Patrie qui abuse d’eux. La révolte gronde. Certains colons veulent rester loyaux à la Mère Patrie.
À ce moment, le Canada se résume à toutes les terres dont l’eau se déverse dans le fleuve Saint-Laurent et ses tributaires. La partie connue sous le nom actuel « Ontario » était nommée : Western Upper Canada; celle du Québec : Eastern Lower Canada.
La grande région située à l’Ouest du « Western Canada » appartenait à la Hudson Bay Cie. La compagnie de la Baie Hudson est la plus vieille compagnie de l’Amérique du Nord fondée en 1670, enregistrée à Londres par les beaux-frères : Pierre-Esprit Radisson et Médard Chouart des Groseilliers.

Pierre-Esprit Radisson

Médard Chouart des Groseilliers

La plus vieille compagnie de l’Amérique du Nord – La compagnie de la Baie Hudson
Ces deux Canadiens-français, coureurs des bois, non contents des prix offerts pour leurs fourrures par les acheteurs français, se tournèrent vers les Anglais plus généreux et formèrent cette compagnie dont les terres incluaient les montagnes rocheuses à l’Ouest et l’état du Dakota au Sud, région où la rivière Rouge prend sa source pour se déverser dans le lac Winnipeg qui se jette, à son tour, dans la baie d’Hudson.
De retour aux Lower Eastern Canada (futur Québec)
Vers les 1791, le gouverneur anglais, Alured Clarke veut attirer les mécontents colons américains dans son pays. Pour ce faire, il fait diviser en 93 cantons le territoire connu sous le nom de « Buckinghamshire ». Les arpenteurs s’efforcent de leur donner une forme relativement carrée à qui ils donneront le nom d’un influent personnage ou un lieu historique anglais.
Au début de 1800, pour encourager leurs venues et aussi pour faciliter les échanges commerciaux, le nouveau gouverneur Craig ordonne à l’armée de créer une route. Le titre est pompeux pour ce qui sera un sentier qui partira de la seigneurie de St-Gilles, sise sur les rives du Saint-Laurent, à 15 miles en amont de l’actuel pont de Québec, pour se terminer à Richmond sur la rivière Saint-François. Cette route rejoindra la piste qu’utilisaient les Français pour aller à Boston, port de mer sur l’Atlantique, le plus nordique libre de glace, l’hiver venu.
Ils eurent à construire 70 ponts de différentes longueurs, mais le cours d’eau qui leur donna le plus de difficultés à traverser, à cause de ses longues approches marécageuses, fut celui de Danville sur la rivière Nicolet qu’ils eurent à traverser à gué. Couper des milliers d’arbres et autant de souches à arracher; distance parcourue : 75 miles sur un terrain accidenté, tout un exploit pour 150 hommes en 3 mois.
Cette nouvelle route, souvent impraticable en période de pluies, permettait à une diligence en périodes hivernales de faire le trajet d’une semaine en quelques étapes : 1er arrêt à Leeds en Beauce, 2e arrêt à Castle Bar à Danville dans le Canton de Shipton, 3e arrêt et le plus long parcours qui s’arrêtait à la douane de Stanstead où le passager montait dans une nouvelle diligence pour continuer sa route vers Boston, tandis que l’autre diligence reprenait sa route de retour vers Québec.
La période qui permettait ce déplacement le plus rapide était l’hiver qui emplissait de sa neige les trous de la route et couvrait de sa glace les nombreux cours d’eau. À tous les plus ou moins 15 miles, les 4 chevaux épuisés après un trot continu fait à vitesse forcée, moyenne de 10 mh, étaient remplacés par un nouvel attelage reposé.
Revenons aux Eastern Townships – Cantons-de-l’Est
Un loyaliste se faisait offrir gratuitement un canton en échange de deux promesses : A) signer le serment d’allégeance (une promesse de ne jamais prendre les armes ou encourager d’autres à le faire contre la Mère Patrie);
B) s’engager à trouver 40 colons pour mettre en valeur les terres qui lui était confiées gratuitement en signe de reconnaissance pour leur loyauté.
Elmer Cushing rassemblât un groupe de 46 colons dont la plupart provenaient de la région de Danville (Vermont) pour se partager les 278 miles carrés du plus grand de ces cantons : Shipton.
En 1801, sa femme et ses enfants arrivent en canots pagayés par 9 Indiens venant de Trois-Rivières par la Saint-François. Elmer, avec l’aide d’un compagnon, amènent un bœuf et une vache sur la rive. Au bout de 3 mois, sa famille résidait dans une maison de bois rond.
Courageux et déterminé, il part en canot vers le Vermont chercher la mécanique pour construire un moulin à scie et à moudre le grain qui sera harnaché au ruisseau Cushing près du pont MacKenzie.
Homme de tous les métiers et ingénieux, il a trouvé un débouché pour écouler ses patates qui une fois distillées lui donneront 300 gallons de whisky. Sa dépouille fut enterrée dans le cimetière de Danville (Québec) sur le chemin Craig.
Un autre pionnier, Simeon Flint est venu une première fois en 1807 de Danville (Vermont) à Danville (Québec). Il a choisi une terre réservée au clergé protestant.
Il revient avec sa famille en septembre 1809 finaliser l’achat de la ferme qui, aujourd’hui serait située à l’angle de la rue Water et du chemin Craig, et y érigeât la première résidence à être bâtie à Danville, sise au 51, rue Craig devenue Grove maintenant.
Cette maison fut détruite par un incendie et rebâtie sur le même site. Il en acheta une autre sise au 76, rue Craig, devenue la rue Carmel qui disparut dans le grand incendie qui détruisit une grand partie du village en 1882. Il l’a reconstruite sur le même site. Il est décédé le 18 juillet 1857, âgé de 82 ans. Ses restes reposent au cimetière protestant de l’actuelle rue Carmel, entretenu par un comité de bénévoles, l’un des sept cimetières de nombreuses dénominations religieuses de Shipton aujourd’hui regroupées.
Pour une raison que j’ignore, une partie de 124,3 miles carrés du canton de Shipton lui fut retirée et nommée : canton de Cleveland qui a été officialisé en 1855. Les deux parties de ce canton qui chevauchent la rivière Saint-François sont reliées par le pont MacKenzie construit en 1901, d’une longueur de 231,8 mètres. L’agglomération principale reçut le nom de Richmond en l’honneur de Charles Lennox, le 4e duc de Richmond qui était le fils du roi anglais Charles 2e.
La politique gouvernementale favorisait l’arrivée de loyalistes et d’immigrants britanniques; ce n’est qu’en deuxième étape que les Canadiens-français purent avoir les mêmes avantages.
Généralement plus fortunés et démontrant un sens des affaires plus développé, ces Anglophones installèrent des moulins et des usines actionnés par la force hydraulique de nombreux cours d’eau, fondèrent des commerces et industries et furent créateurs d’emplois.
Les Francophones, presque tous catholiques, ont mis leur orgueil dans la construction de grands édifices religieux. De positions minoritaires qu’ils avaient au début de la colonie, ils devinrent rapidement majoritaires grâce à leur haut degré de reproduction avec leurs nombreuses familles, ayant jusqu’à 20 enfants, dans certains cas.
Ce que les historiens ont surnommé « La Revanche des berceaux. »
Il restait une autre région orpheline au contour imprécis et non arpentée, au sud-est de la Gaspésie. Les résidents de cette région ont eu toute une surprise quand ils ont su qu’ils avaient changé de pays à leur insu, sans avoir eu besoin de se prononcer ou déménager.
Au cours de la nuit du 4 au 5 août 1835, ils étaient devenus citoyens américains.
Sans qu’ils le sachent, les politiciens des deux pays l’avaient décidé ainsi pour eux.
Fait plutôt cocasse pour deux pays qui se disent démocratiques.
Ceci est un fait historique peu connu dont certains épisodes furent débattus à la cour supérieure de Sherbrooke (Québec) devant le juge Fletcher.
Sur ce sujet, l’historien Daniel Doan a écrit un livre intitulé « The Republic of the Indian Stream » que j’ai traduit en français et résumé dans mon blogue du mois de décembre 2015, sous le même titre.
Si vous aimez les situations troubles et ambiguës vécues dans cette région-là, vers la fin des 1800, je vous suggère de lire La vie de (Donald) Morrison.

Donald Morrison
Le Robin des bois canadien
Certaines personnes l’ont surnommé Le Robin des bois canadien. Intrigue vécue entre Anglais-Français-Abénakis, catholiques-protestants, contrebandiers-américains et canadiens, etc.
Les carnets de Charles Émile
Source : Wikipédia et autres sites
Images : Internet
Prochain rendez-vous, le 3 août!