Dans le dossier que j’intitule Mon regard sur l’amiante, je vais poursuivre mon écriture sur ce sujet dans les prochains mois.
Je crois que nous, les travailleurs syndiqués de l’amiante, sommes à l’origine de la phobie de ce minerai. Pour reprendre l’expression d’un ami, nous nous sommes fait hara-kiri.
La grève d’Asbestos en 1949 (sur laquelle j’écrirai prochainement (c’est à suivre)), a dénoncé la maladie de l’amiantose. Mon point de vue est que nous avons protégé les travailleurs fumeurs, et que c’est la combinaison amiante-tabac qui crée l’amiantose. À elle seule, l’amiante ne crée pas ipso facto l’amiantose.
Pour appuyer mon affirmation et ma croyance, je vous raconte mon histoire de ferblantier, je vous informe de ma réalité de toute ma vie dans l’amiante. Je parle d’Asbestos, du vieux moulin et du nouveau moulin qu’on appelait moulin 5, des travaux effectués, de l’air que nous respirions.
Je vous parle de ce que je connais, je raconte tout simplement ce que j’ai vécu. Ailleurs, je ne peux pas dire ce qui était différent ou semblable dans d’autres régions productrices d’amiante, je peux seulement penser que l’environnement était semblable.
Je relate l’historique du déclin de l’amiante, je me questionne sur les motivations du bannissement de ce noble minerai, qui a été le fleuron québécois pendant des décennies.
J e vais appuyer mes dires par les récents rapports médicaux en pneumologie qui révèlent ma qualité respiratoire au-delà de la moyenne et qui ne démontrent aucune trace appréciable d’amiante, après toutes ces années à respirer cet air continuellement.
Finalement, deux faits historiques viendront conclure mon propos. Vous y verrez sans doute un parallèle intéressant avec l’histoire de l’amiante.
Travail d’étudiant
Année 1951. Au cours des vacances, j’ai travaillé à l’atelier mécanique pour la Cie Johns-Manville sur mon métier. J’étais très content du salaire de 1 $ l’heure, oui, oui, une piastre de l’heure!
Mon travail d’homme de métier
Janvier 53, j’entre comme ferblantier à la Cie Johns-Manville, à l’atelier mécanique. Je serai le premier homme de métier à entrer directement sur mon métier à l’atelier mécanique.
J’ai eu à fabriquer des pièces apparaissant sur la photo des cônes (voir page 4), à réparer des pièces et à aller à plusieurs endroits hors de l’atelier. Au retour, pour se dépoussiérer, nous utilisions un tuyau d’air compressé dans un coin du département où il n’y avait ni écran ni quoi que ce soit pour arrêter la poussière d’incommoder nos compagnons.
Chanceux de travailler sur le quart de jour de 8 à 5, car à la Cie Johns-Manville, il y avait 3 quarts de travail, soit : 8 à 5, 4 à minuit et minuit à 8. J’ai été envié, car plusieurs avaient demandé cet emploi et ont été refusés. Ceci n’a pas été une faveur faite à moi, c’était une manière d’encourager les jeunes à aller à l’école d’Art et Métiers. Merci de ma part. J’y travaillerai 15 ans.
Au cours des deux dernières années, je serai représentant syndical des hommes de métier. Lors de la dernière année, je voulais acheter une ferme. Un compagnon de métier qui travaillait à la maintenance du moulin avait mal au dos, mal causé par des planchers de ciment qui vibrent continuellement à cause de la machinerie. Ça faisait plusieurs années qu’il sollicitait de venir à l’atelier et était toujours refusé. C’était un de ceux qui m’avait envié le plus. J’en ai parlé à mon contremaître qui accepta que je change d’emploi. J’avais fait un heureux.
En 1968, je quittai cet employeur pour y revenir à l’automne 71. Je fus affecté à l’entretien du moulin 5. Là, il y avait de la construction de pièces en tôle, ce qui impliquait de la soudure et du brûlage aux torches, donc j’ai été exposé aux différentes émanations et fumées qui s’élèvent de la soudure du métal galvanisé. Notre groupe agissait comme des soldats anti-poussière, si une pièce ou un tuyau en laissait sortir, nous étions les premiers arrivés pour corriger la situation.
Toujours sur la même photo en page 4, vous voyez des gros cônes que nous appelions cyclones, des coudes, des tuyaux et sous les cônes, des valves rotatives. Les tuyaux de diamètre 13″-18″ – 23″ po de diamètre, tous sont d’une longueur de moins de 8 pieds de long reliés les uns aux autres par des collets boulonnés. Deux tuyaux de 13″ réunis par un y se jettent dans un tuyau de 18″, deux de 18″ réunis forment un de 23″, qui lui est réuni à un cône.
Toutes ces pièces de tuyauterie de métal sont recouvertes côté intérieur de caoutchouc de ¼’’ po d’épaisseur pour prévenir l’usure causée par le passage très rapide de la fibre. Ce caoutchouc que nous nommions linatex était collé et renouvelé au besoin, car les fibres transportées ne contenaient pas toutes la même quantité de particules de pierre, donc ne s’usait pas à la même cadence.
Notre équipe était composée de 24 hommes dont 6 étaient assignés à l’entretien du linatex. Ordinairement, nous travaillions en « gang » de deux : le responsable et son aide.
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