Aujourd’hui, je vous présente un pan d’histoire méconnu de la division du territoire canadien et du territoire américain
Jacques-Cartier en 1534 vient planter une croix à Gaspé, symbole de l’appropriation, au nom du roi de France, des terres arrosée par ce grand fleuve qu’il nomme Saint-Laurent. Certains colons vont s’installer sur ce qui deviendra l’Acadie, d’autres préféreront la rive sud jusqu’à Québec et Montréal. Ces terres sont déjà habitées par des aborigènes depuis plusieurs siècles. Déjà, depuis environ le début du 16e siècle, les Anglais se sont installés sur le nord-est de l’Amérique, les Espagnols eux ont pris possession de la Floride et presque toute l’Amérique du Sud, excepté le Brésil qui est aux Portugais.
Les Européens ont pu imposer leurs lois et déposséder par la force de leurs armes toutes ces nations, car elles ne connaissaient pas l’usage du fer et de la poudre à canon. Ces gens que l’on nomme « Indiens » de façon erronée n’avaient pas du tout le sens de la propriété individuelle que leurs envahisseurs. Chez certains groupes comme les Iroquois, de Montréal et région, les hommes chassaient et pêchaient et les femmes cultivaient le maïs et les courges. Ils habitaient des huttes sophistiquées pouvant recevoir près de cent personnes, et l’hiver, ils entretenaient des feux, la fumée s’évacuait par des trous dans la couverture d’écorce de bouleau. Ils étaient sédentaires. C’était la « Long House ».
Les tribus d’Abénaquis et d’Algonquins, eux, étaient plus nomades, se déplaçaient, suivaient la migration de la faune et du poisson mais revenaient hiverver aux endroits à l’abri du vent. Lorsque plus tard, quand les Blancs se furent installés sur leurs terres, ils ont vite remarqué, qu’à la fin de l’automne, il y avait une période de 3-4 jours plus chauds que la normale, c’était signe que les Indiens attendaient pour revenir à cet endroit. Cette période plus chaude, on l’appelle « l’été des Indiens ». Une tribu nomade occupe plus d’espace qu’une autre qui serait sédentaire.
C’est pour cette raison que Frontenac, gouverneur français de 1672-1682 et 1689-1698, avait reconnu comme terrain de chasse et pêche aux Abénaquis tout l’espace que les Blancs n’avaient pas occupés sur la rive sud qui partait à environ 30 miles au sud-est de la ville de Sherbrooke en suivant la ligne du 45e parallèle jusqu’à l’océan Atlantique (dit d’une autre façon, ce serait la continuation en ligne droite de la séparation des 2 pays, Canada-USA.
Les Français ont mis en valeur les terres sises entre la rive sud du fleuve jusqu’à la chaîne de montagnes Chic Chocs qui est parallèle à la rive du fleuve. Quant au versant sud jusqu’à la Nouvelle-Angleterre, ils ne s’y intéressèrent pas ou peu. Cette partie est irriguée par la rivière Connecticut et ses 3 affluents : la Hall, L’Indian Stream et la Perry et 4 lacs. Tout est resté à son naturel, pas de route terrestre; pour se déplacer l’été, il y a les cours d’eau; l’hiver il y a la glace de ces cours. Quel endroit idéal pour les contrebandiers, les évadés de justice, les chasseurs et les trappeurs, eux sont bien servis, car ils sont près de leurs trappes et proches des ports de mer pour écouler leurs peaux si on les compare à ceux de l’Ouest qui s’épuisent à faire des milliers de miles pour rejoindre leurs débouchés, car leurs clients sont européens. Il faut se rappeler qu’ils ne payent pas en argent, ils échangent des articles apportés avec eux : munitions, mousquets, haches, chaudrons et sans oublier colliers, verreries. Ils voyagent toujours chargés. En plus de ces gens, il pourrait y avoir des opportunistes.
Il y a plusieurs années, un chef indien qui reste au Lac Coos, chef d’une tribu du même nom de la nation Abénaquis qui s’est rendu célèbre en usant de son influence pour régler un litige : un homme blanc avait tué au mousquet 3 indiens et en avait blessé un autre gravement, en établissant « justice et réparation ». Trente ans plus tard, un certain Thomas Eames, très ami de ce chef King Philip qui se sentait vieillir et pour assurer à ses deux squaws la sécurité et confort vinrent à une entente : Thomas promet de fournir tout le gibier, poisson et abri nécessaires à leurs besoins, en échange du territoire de chasse de King Philip. Thomas a écrit le texte en bonne et due forme, Philip a fait une croix (pour son nom), au bas il y avait aussi les noms des deux squaws Molly et Mooselock et celui de Jeremiah Eames, son frère comme témoin, en l’année 1797. Thomas lui suggéra de noter qu’il avait agi de son plein gré et libre de toute pression extérieure.
Cette entente a été enregistrée à « Beaver Hill, the shire town of Graftown Country ». La très grande partie de cette région n’avait pas été arpentée. Le vieil Indien ne connaissait pas le concept de propriété privée et ne savait pas les conséquences d’avoir fait une croix sur un bout de papier bien ordinaire. Les deux frères d’armes, arpenteurs de profession, eux le savaient. Une année plus tard, en 1798, le vieux King a été rappelé au pays de ses ancêtres.
Peu de temps après, Molly se sentant vieillir voulut mourir en bonne catholique qu’elle était et ne connaissant pas de prêtre pour la confesser a demandé à Thomas de lui fournir deux indiens pour la transporter à Montréal pour se faire pardonner ses péchés. Ce qu’il ne put lui refuser. Elle était la dernière sur la liste, donc il pouvait arpenter ces terres, son héritage devenu! Les frères d’armes connaissaient le territoire et Jérémiah partit l’arpenter pour les nouveaux propriétaires.
Il commença au nord-ouest à Canaan, Vermont, vers le sud, à environ 20 miles plus bas que Charlestown, New-Hampshire, sur la rivière Connecticut, soit 150 miles environ vers l’est jusqu’à l’océan Atlantique. De là, vers le nord-nord-ouest, à un point près du Mont Gosford au Canada.
Les gens étaient pauvres, pas question d’être malade. Était considéré comme parvenu celui qui en plus de son « pitch » (1 camp en bois rond) avait un abri pour 1 vache et 1 cochon, 7 moutons, 3 tonnes de foin, un fusil avec munition, équipement de ferme, valeur de 20 $, 1 minot d’avoine pour chaque personne, 5 minots de patates et 2 sacs de sel, et un lit et couverture pour deux personnes. Le sel servait à la conservation du beurre et du lard, et pour la conservation de la fourrure aussi.
M. Low, à la demande des autorités qui l’avait mandaté de faire un certain travail avec l’aide de deux aides, se crut autorisé à réclamer la somme de 713,30 $ pour 3 mois et 12 jours de service – du 7 novembre 1835 au 18 février 1836 – incluant l’hébergement et le transport avec 2 chevaux pour 400 miles (200 pour aller, 200 pour le retour) avec un bagage de 1 000 livres.
Le trouble commence
Le titre de Philip est douteux.
Aux USA, une législation fédérale en 1790 et 1793 défend à un particulier d’acheter des terres appartenant aux Indiens. Malgré ces handicaps, 4 associés dont Thomas Eames vendent à Thomas Coqswell et associés 9/13 des terres acquises de Philip pour 5 000 $. Ces nouveaux propriétaires s’appellent « Eastman Cie ». La première s’appellera « Bedel Cie ». En 1798, un groupe d’Indiens se rendit à Concord pour protester contre le fait que Philip avait vendu leurs terres deux ans auparavant, qu’il était un imposteur qui avait agi de façon personnelle et non représentative du groupe. Le « Captain Cegar », leur porte-parole dit au nom des autres sachems et de la tribu qu’ils pourraient vendre les titres réels incluant une beaucoup plus grande que ce que Philip avait cédé. Les députés du New-Hampshire prirent cette plainte comme absourde et non sérieuse et que déjà ces régions faisaient partie de l’état et que ce « papier » ne méritait rien de mieux que la poubelle. Les représentants de Bedel rencontrèrent les 7 plaignants disant que déjà il y a avait des gens qui résidaient sur ces terres avant qu’ils se portent acquéreurs et offrirent 3 100 $ comme dédommagement, offre qui fut acceptée. Les deux compagnies considéraient au même titre les terres au sud comme celles au nord du 45e parallèle qui est la limite entre les USA et le Canada.
Les représentants des deux firmes savaient qu’ils n’étaient pas réellement propriétaires, mais ils se comportaient comme un locataire qui sous-loue à un sous-locataire, qui lui, s’engage à bâtir un campement et à défricher une certaine surface autour sur un lopin de terre de son choix : un nouveau venu disait qu’il avait établi son « pitch » à un tel endroit.
C’est difficile de décrire la vie et les habitudes de ces gens qui arrivaient avec une hache et ce que pouvait contenir leur »havresac », leur premier voisin qu’ils ne connaissaient pas et qui avait jeté son « pitch » à deux miles plus loin. Pas de taxe à payer, aucun service et dans plusieurs cas, ils ne savaient pas dans quel pays ils étaient, car des décisions avaient été prises à leur insu. Jeremiah prétend avoir arpenté les terres selon les termes du Traité de Paris, signé en 1763, en employant des instruments terrestres, un autre arpenteur a employé un astrolabe utilisé par les marins en se guidant selon la position des astres. Les descriptions ne correspondent pas à la réalité, on fait tourner le cours d’une rivière vers la « droite » alors qu’on aurait dû noter « gauche ».
Arrive la guerre de l’Indépendance
Les recruteurs de l’armée nordiste parcourent les états à la recherche de recrues qui eux se sauvent vers le nord en territoire canadien. Situation cocasse à cette période, les USA n’existent pas encore, c’est la Nouvelle-Angleterre, et le Canada est sous la domination de ce même royaume. Cette même région est sous la gouverne de deux pays différents qui eux sont sous la gouverne d’un même roi.
Cette région se développe malgré son isolement, il y a des moulins à scie, des moulins à moudre le grain, la compagnie Bedel encourage la construction de routes et de ponts, plus que « l’Eastman » qui est plus au nord.
À Stewartown, l’endroit le plus au nord ouest, sis à 35 miles de Sherbrooke au Bas-Canada, il y a un fort militaire, la population s’élève à 175 âmes, dont 35 ont le droit de vote, le cheptel est de 36 chevaux, 42 boeufs, 32 vaches et 37 veaux. Le responsable du fort, John Dennett a saisi 4 boeufs que Sam Beach dit amener à une scierie qu’il possède à 2 miles de là en territoire canadien. Dennett croit que Beach en amène plus le matin qu’il en ramène le soir, c’est de la contrebande, car au sud on est en guerre et on a besoin de viande pour nourrir les soldats. Il y a altercation, Dennett tue Beach, il est accusé de meurtre et emprisonné à Guildhall, il s’évade et vit dans le bois jusqu’au printemps. Des amis de ce dernier le recherchent, le trouvent et l’abattent à leur tour. Justice rapide et exécutive. Même si localement il y eut des altercations, les relations entre les deux pays n’en étaient pas changées.
Ce qui a été mémorable, ce furent des événements 2 ans après, hors du contrôle des humains. 1816 a été l’année de l’Indépendance américaine et aussi l’année où il n’y a pas eu d’été, il y a eu de la neige – 12 pouces – et du gel aux mois d’août et septembre, un homme est mort gelé le 17 juin dans une tempête de neige de un pied. Les récoltes en furent très très mauvaises, ce fut la disette pour l’année en cours et pour l’année suivante. La cause : l’explosion très importante du volcan Tamboro en 1815 aux Indes Orientales qui projeta des cendres et fumées très haut dans le ciel, ce qui empêchait les rayons du soleil de rejoindre la terre. Et de plus, ily eut le 26 mai, une éclipse de soleil et une éclipse de lune, le 9 juin, toujours de la même année. C’était la confusion totale. Etait-ce une punition de Dieu ou quoi, encore? Confusion dans le ciel et aussi sur la terre.
Les premiers « blancs », chasseurs dont le passage a été noté, sont Mister Wales et Mister Gibbs en 1789 à la source de « l’Indian Stream ».
Avant le passage de ces chasseurs, Robert Rodgers, major de l’armée anglaise à la tête de son armée de 600 Rangers, avait peaufiné des tactiques guerrières et les avait enseignées à ses troupes pour libérer le pays de ces indésirables « peaux rouges ». Ses suggestions et méthodes furent adoptées et enseignées par l’armée impériale britannique jusqu’au cours de la Première guerre mondiale de 1914-1918. Voir « Major Robert Rodgers », Wikipédia.
En 1759, à la tête d’un peloton, il vint attaquer la tribu des « Saint-Francis », nom d’un groupe de plusieurs nations d’indiens dépossédés de leurs territoires de chasse, au sud et à l’ouest, région de Montréal actuel. Il y avait les Iroquois, leurs ennemis. Démunis, désemparés, ils se tournèrent vers les Français qui leur offrirent de s’installer sur la rivière Saint-François à sa jonction avec le fleuve, lieu qu’ils nommèrent Odanak. Certains des groupes déplacés préférèrent s’arrêter à Batiscan.
Cette générosité de la part des Français de les accueillir sur des terres qui étaient celles de leurs aïeuls indiens n’étaient pas sans intérêt de leur part. Situés à cet endroit, les Abénaquis faisaient office de « policiers » sur les allées et venues sur ce qui se passait sur la rivière et le fleuve.
Quelques années après leur arrivée en ce lieu, le fameux Major Rodgers avec un groupe de ses Rangers virent leur souhaiter bienvenue mais à leur manière. Je ne sais pas s’il y eut affrontement. Mais ce que je sais, c’est qu’un groupe de la « Indian Stream Republic » a refait le même trajet pour commémorer cet événement environ entre en 1960-70.
Cette année, en été 2015, les résidents de Saint-Venant-de-Pâquetteville et de Hereford ont revécu le passé de cette République dont la capitale fut Pittsburg, New Hampshire.
En date du 17 mars 1829, une pétition est adressée au Sénat et à la Chambre des représentants des USA les avisant que les pétitionnaires avaient formé une République et avaient élu démocratiquement leurs chargés de pouvoir.
Sur la terre, une mésentente régnait causée par une multitude de cartes et de dessins différents, pour une même région. Les 13 États américains avaient chassé les Britanniques hors du pays qui s’appellera les États-Unis d’Amérique, mais eux seront encore voisins au nord avec qui il faudra refaire une carte et tracer une ligne de séparation entre les pays. C’était la bisbille entre les pays et entre les États entre eux. Pour remédier, les hauts dirigeants décidèrent d’agir secrètement, de toute façon il y aura toujours des mécontents, ils n’auront qu’à vivre avec les pots cassés. Il fut décidé que la ligne divissnt les deux pays sera celle des terres hautes, appelée ligne de la séparation des eaux. Les eaux des Monts Chic Chocs qui se déversent dans le fleuve Saint-Laurent indiqueront le territoire canadien et celles qui coulent vers le sud par la rivière Connecticut et ses affluents seront considérés étasuniennes. Ce qui fait que le squater suivant l’endroit où il avait jeté son « pitch » avait changé de pays, sans avoir eu à déménager.
Maintenant, quand je regarde la télé sur RDI, je sais pourquoi dépasser la ville de Sherbrooke vers l’est, la ligne limitrophe s’élève en dents de scie vers le nord-est.
Ma source de renseignements a été le livre de Daniel Doan, dont le titre est « Indian Stream Republic ». J’ai omis plusieurs passages, histoires et faits historiques très intéressants.