L’accident

Automne 1968. Avant d’acheter la terre à Saint-Césaire, il a fallu la labourer. Le 2 novembre, j’invite Jean-Louis, connaisseur de fermes et de cultures agricoles, car il fait de l’arrosage de produits chimiques sur les champs. Il s’accompagne de Denis et de Jacques. Près de Roxton Falls, j’allais pour m’engager dans une grande courbe et je vois une autre auto se diriger à très grande vitesse, je me suis dit : « Il ne pourra pas tourner » et je croyais qu’il capote, je me suis rangé les roues de droite hors du pavé. Au sortir de la courbe, lui aussi est descendu comme moi une roue hors de l’asphalte. Pour éviter un face à face, au dernier moment, je donne un coup de volant vers ma gauche. BANG! Il frappe mon auto juste en arrière de la roue avant droite. En nous frappant de ce côté, il poussa mon auto vers la gauche qui a été s’immobiliser dans le fossé. Tous les passagers s’évanouirent. Je reviens à moi, la porte côté passager est ouverte. Jean-Louis repose dans 4’’ d’eau, la tête appuyée sur une grosse roche dans le côté du fossé.
À l’arrière, à droite, Jacques est couché sur le siège, immobile. Denis semble reprendre ses sens. Regarde autour, l’auto du responsable est stationnée au centre de la route, le conducteur s’est sauvé. Moi, je pense ne pas être blessé, heureusement, ma ceinture de sécurité était bouclée. Combien de temps ai-je été sans connaissance? Des passants, bons samaritains, veulent sortir Jean-Louis de l’eau froide du fossé, je leur défends de le faire. Deux semaines auparavant, j’avais suivi un cours de premiers soins où j’ai appris de ne jamais bouger une personne sans connaissance, car on ne sait pas où elle est blessée, ce faisant, on peut aggraver son état. L’ambulance arrive, le conducteur est seul et a une civière sur laquelle on place Jean-Louis, Jacques sur le plancher, Denis sur le siège du passager. Quant à moi, je m’agenouille et tient la tête de Jean-Louis entre mes mains. On démarre, sirène et lumière fonctionnent, à un certain moment, je crois qu’il est toujours évanoui, surprise, il me dit d’une voix faible : « Approche-moi la tête du corps. » Je veux bien mais je ne sais de combien, quelle « force » mettre, je veux le soulager, ce faisant, je pousse un peu. Est-ce assez ou trop? Je ne saurai jamais. Être conscient, tout ce bruit, la vie d’une autre personne entre ses mains : tout ça ne s’oublie pas, croyez-moi. À l’hôpital de Saint-Hyacinthe, le rayon x a décelé que Jean-Louis avait la colonne vertébrale cassée à la première vertèbre, à la base du cerveau. J’étais très content d’avoir refusé qu’on le déplace du fossé. Jacques était mort. Funérailles, etc. Le conducteur était ivre. Un conseil : si vous êtes ivre, ne conduisez pas. OK. Je retournerai donner le contrat de labour de la terre deux semaines plus tard. Quant à moi, je connaîtrais les résultats 42 ans plus tard.

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