Nos chiens Tibi et Joli

J’allais oublier deux chiens qui ont partagé notre vie : Tibi et Joli : deux bêtes qui n’avaient de bêtes que le nom.

Quand je suis venu au monde, c’est le premier que j’ai vu, c’était Tibi. Un chien couleur tigré, j’ai joué avec lui, j’ai été cherché les vaches au clos. Un chien sur une ferme, c’est une nécessité, c’est un gardien, si un intrus, homme ou animal se présente, il va avertir en pointant le nez en l’air dans sa direction. Si quelqu’un passe sur le chemin, il reste indifférent, mais si celui-ci entre dans l’entrée, le chien va aboyer, il connaît les limites de la ferme. De Sainte-Élizabeth, il nous a suivis à Kingsey Falls, après sur la ferme. Une fois, il accompagnait Jean-Louis pour aller chercher les vaches et « Caillette » restait indifférente comme si elle boudait les autres. Jean-Louis en pointant la négligente, lui dit : « Caillette, souxcle-là » en la pointant du doigt.
(Ce mot qui n’est pas dans le dictionnaire signifie « va la chercher »). Tibi part dans sa direction, aussitôt qu’elle le vit venir en sa direction, elle a bien compris « si je ne bouge pas d’ici, je vais me faire mordre les ergots d’en arrière », elle se sentit en paix qu’une fois dans le troupeau. Le pauvre Tibi en s’en allant accomplir son devoir frappa un arbre sur son chemin, GNAC, GNAC, il se releva et continua sa course, sa vue devait bien souffrir de « cataracte canine ». Au souper, Jean-Louis conta la mésaventure de Tibi.

Pauvre chien, il est vieux, va falloir faire quelque chose avec lui. Je ne sais ce qui lui était arrivé, quelques jours plus tard, il avait eu quelque chose qui causa sa mort. Papa a dû le savoir mais il ne nous l’a pas dit. La guerre fait toujours rage en Europe et tout est rationné. « Tiens », c’est Maman qui parle, « Tibi est bien gras, on va faire du savon avec » faire du savon avec un chien gras, comment qu’on fait ça? « Attendez demain, vous allez voir. » Au sommet du cadre de la remise à voitures, on accrocha au bout d’une chaîne un grand chaudron, environ 30 pouces de diamètre par 24 pouces de haut, …
Déposa l’amas de graisse dedans, y ajouta du lessis et peut être autre chose, je n’ai pas connu cette recette. Un feu doux chauffe le tout que l’on brasse tranquillement. « Bon là, je pense que c’est assez le brassage, car tout semble bien fondu jusqu’au fond. Laissons tout ça refroidir.» Le lendemain matin, un grand couteau à pain (nous n’avons pas autre chose) sert à découper ce qui est jaune off white, couleur sucre à la crème, en blocs de 3 ½ ‘’ X 3’’ X 2’’ de haut que l’on place dans la brouette pour l’apporter à la maison. Dans le fond il ne restait qu’un liquide d’un brun sale, quelqu’un le jeta sur le tas de fumier. C’était notre savon à tout faire, excepté la vaisselle : laver les mains et le visage pour nous faire une beauté, les gars comme les filles, et laver le plancher aussi. Merci Tibi, tu nous as été très utile durant ta vie même après ta mort. Merci!
C’est au tour de Joli. Comment a commencé notre amour de ce chien. Roger (encore lui) voulait faire un porte-pipe pour Pépère Fred (il était resté chez les grands-parents durant et après le veuvage de Maman). Il voulait lui faire un beau cadeau. Nous avions à la maison un livre intitulé « Les animaux de la ferme » à l’intérieur duquel un chien St-Bernard vu de côté ornait une page. Toute la famille chérissait cette sorte de chien, car un de cette race avait sauvé la vie d’un skieur enseveli dans la neige, sa photo avait parue dans le journal. Avec un papier carbone glissé sous l’image, il décalqua le chien. La trace du crayon faisait office d’un cadre autour de lui. C’était le seul animal de tout le livre à être encadré, dans ma mémoire d’enfant, cette sorte de chien était héroïque et on l’admirait.
Papa travaillait à l’occasion à la Cie Johns-Manville au département de la voie ferrée et résidait près de son ouvrage à Asbestos. Le propriétaire de la pension possédait un jeune St-Bernard et voulait lui trouver refuge et l’offrit à Papa qui l’accepta tout de suite, car en plus de remplacer Tibi, il savait que nous adorions les chiens de cette race et que nous aimerions Joli, c’était son nom. Le hic!, comment transporter ce pitou format géant? En fin de semaine, Papa se présenta au taxi qui le voyageait, avec Joli. Devant le refus du taxi, il décida de faire route à pied d’Asbestos à Kingsey, environ 12 miles. Un soir de décembre, il neige et fait doux. Après souper, il part avec le chien en laisse. Au départ, Joli tirait Papa, c’était sa première marche, car il avait toujours été attaché. Papa n’avait pas averti Maman qu’il serait en retard. Après plusieurs heures, nous étions inquiets et ne savions pas qu’il s’en venait à pied. Nous, les enfants, sommes couchés. Vers environ minuit enfin, il arrive avec Joli. Maman nous réveille : « Descendez, Papa a une surprise pour vous. » Oh! Un St-Bernard, on est fous de joie, Joli nous regardait sauter, crier : « Bon, je suis arrivé chez une gang de fous, j’ai pas fini avec eux autres ». Peut-être deux mois plus tard, Maman demande d’aller au village faire des courses. Roger « Je vais y aller à pied, je n’aurai pas besoin d’atteler. » Ça fait 15 minutes qu’il est parti quand elle constate qu’il n’a pas apporté la paire de chaussures, raison principale de son voyage. Quoi faire? Lui crier, il est loin. Pleine d’initiatives, elle pense à Joli, oui, oui, Joli. Elle accroche les chaussures au cou du chien, ouvre la porte « Tiens, Joli, va porter ça à Roger ». Je ne sais pas si elle sait parler « le chien » ou si c’est le chien qui comprend l’humain, toujours est-il qu’il partit au galop dans la direction de Roger. Qui est-ce qui aurait bien pu le guider ou suggérer la direction à prendre? À chaque enjambée, les chaussures se frappaient l’une contre l’autre et donnait l’impression que quelqu’un l’applaudissait. Roger fut surpris d’entendre ce bruit insolite. Joli rejoignit Roger tout joyeux, énervé, c’est la première fois qu’il est en liberté, seul. Roger a reconnu l’astuce de Maman, décroche les chaussures « Maintenant mon bon Joli, il faut retourner à la maison. À la maison, à la maison Joli », en pointant du doigt. Pauvre Joli qui arriva au galop la queue en l’air, reparti la queue basse, se rend à la maison où Maman constate que Joli a accompli ce qu’elle lui avait demandé. Salut Joli!

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