L’Irlandais Timothy O’Hea
Un monument a été placé devant l’ancien hôtel de ville de Danville, dans les Cantons-de-l’Est, pour commémorer l’audace et le courage du jeune soldat Timothy O’Hea,

Monument Timothy O’Hea, rue Daniel-Johnson, Danville
âgé de 23 ans, né à Schull en Irlande en 1846, en service dans l’armée anglaise.

Timothy O’Hea
Il a posé un geste héroïque qui lui valut d’être le seul soldat de l’empire britannique à recevoir la prestigieuse Croix de Victoria en temps de paix et hors des terrains de bataille. Il fut un des premiers à être glorifié par la reine Victoria qui venait de créer

Reine Victoria
cette récompense quelques années plus tôt pour honorer et récompenser ces valeureux militaires.
Timothy a accompli son geste héroïque le 9 juin 1866 en éteignant un incendie qui prenait naissance dans le système de roulement du wagon de queue d’un convoi ferroviaire qui transportait 800 passagers lors de l’arrêt à la gare de Danville pour remplir d’eau la réserve de la locomotive à vapeur.
Lors de la halte, quatre soldats en armes prirent position, un à chaque coin du wagon; c’est à ce moment que Timothy constatât qu’un des essieux était en feu et augmentait rapidement d’intensité.
Timothy était conscient que ce wagon contenant des munitions qui allaient exploser s’il ne parvenait pas à éteindre l’incendie naissant qui risquait de se communiquer à la structure de bois du wagon. Il se rendit au point d’accès à l’eau situé près de la locomotive, se saisit de chaudières et à toute vitesse, il fit une vingtaine de voyages avant d’éteindre le feu. Imaginez l’énergie qu’il a dépensée à parcourir à pleine course autant de fois la distance de la réserve d’eau jusqu’au bout du convoi.
Le monument qui porte fièrement la plaque de laiton a été offert par David Crockett pour commémorer aux générations à venir ce geste de courage.
Oui, sa croix de Victoria, Timothy l’avait bien méritée! Timothy O’Hea serait mort de soif dans le désert de Tirari en Australie 1874 au cours d’une expédition.

Croix de Victoria
Mais la question se pose. Que faisait un wagon de munitions couplé à un convoi de passagers migrants allemands en direction de l’Ouest canadien si le Canada était en temps de paix? Cette question demeure un mystère non élucidé!
Et qu’est qui peut prendre feu dans le système de roulement d’un wagon?
J’ai œuvré 16 ans à l’atelier mécanique où les mécaniciens avaient à réparer d’anciens wagons qui avaient servi au transport du minerai d’amiante à Asbestos. Le bout de la poutre portante repose sur une épaisse bague de laiton (brass) dans laquelle tourne l’essieu qui relie les roues du wagon; le tout est enfermé dans une boîte étanche de métal qui est emplie de fils de coton coupés de longueurs variées de 6 à 8 pouces de long sur lesquels un préposé à l’entretien a versé une quantité d’huile plutôt fluide pour combattre la chaleur de la friction.
Un fil de coton absorbe plus d’huile s’il est coupé en plusieurs sections, encore faut-il qu’il y ait de l’huile; si le huileur a oublié d’en mettre ou bien qu’elle est séchée et a perdu son pouvoir oléifiant, c’est à ce moment-là que la chaleur rend le coton facilement combustible. Ce genre de wagon de marchandise se déplaçait normalement sur des distances relativement courtes et à basses vitesses.
Étudions la situation…
Les compagnies de transport qui desservent le Canada d’un océan à l’autre sont très réglementées pour garantir la sécurité des usagers et de la population, entre autres, celle qui a trait à la priorité des convois.
Un convoi de passagers en direction de l’Ouest du pays a la priorité première; la deuxième va à celui qui se dirige vers l’Est; la troisième est réservée au train de marchandises qui va vers l’Ouest tandis que celui qui se dirige vers l’Est a la quatrième priorité. Ceci réglemente les convois à longs déplacements.
Le trajet en direction Ouest était plus rapide que celui fait en direction Est, car eux avaient à attendre sur les voies d’évitement que celui-ci soit passé avant de reprendre leur trajet. Pour les trains régionaux, ils devaient attendre l’autorisation du chef répartiteur régional avant de se repositionner sur les rails.
Maintenant pourquoi avoir sélectionné un train rempli exclusivement de migrants allemands au lieu de passagers réguliers? Je ne suis pas connaisseur en cette matière. Je n’y suppose qu’une raison pour expliquer ce choix : advenant une avarie ou un accident, les poursuites judiciaires auraient été beaucoup plus compliquées et dispendieuses et les plaignants ou leurs « ayant-droit » auraient eu à prendre un avocat de leur pays qui, lui à son tour aurait eu à prendre un avocat canadien pour réclamer des compensations éventuelles. Les tracasseries judiciaires auraient été tellement compliquées et coûteuses que plusieurs réclamants potentiels n’auraient pas fait de réclamation.
De plus, qui avait autorisé que ce wagon, potentiellement dévastateur, soit couplé à un convoi de passagers : était-ce un responsable du CNR ou un officier de l’armée?
Est-ce que le Canda était en guerre ou non, si oui avec qui?
En 1865, un Irlandais du patronyme d’O’Mahoney fonda un mouvement secret ultra- nationaliste nommé « Fenian » ayant pour but de libérer l’Irlande de la domination arbitraire britannique sur son pays. L’organisation avait un journal The Irish People pour renseigner ses militants activistes qui voulaient obtenir l’indépendance en créant toutes sortes d’embêtements au pays et aussi à l’étranger, au peuple anglais dominateur.
Seulement en Nouvelle-Angleterre en Amérique, il y en avait plus de 10 000 irlandais qui ambitionnaient de vaincre la résistance des soldats anglais en sol canadien. Ils ont attaqué à différents endroits, dont les principaux étaient au Nouveau-Brunswick à Campo Bello en 1865; en Ontario, près de Niagara, à Cryler Farm; au Québec à Châteauguay et aussi un autre qui a avorté à cause de la mésentente sur la date de la supposée incursion de deux groupes venant d’endroits différents à Pidgeon Hill, près de Stanstead. Un d’eux arriva une journée avant l’autre. Donc, aucune activité hostile à noter. Cette mésentente était-elle voulue et planifiée, car même si les Fenians agissaient en secret, leurs groupes avaient été infiltrés par des agents doubles. Ce qui permit l’arrestation et la condamnation de O’Mahoney en Irlande, l’âme dirigeante de ce mouvement, et mit un terme à ce que les historiens ont nommé la « Guerre des Fenians ».
L’Anglais Georges Frederik Heriot
Au cours de ces affrontements, le jeune commandant de l’armée anglaise Georges Frederik Heriot s’est distingué par son audace et sa bravoure que les autorités de l’armée anglaise ont récompensées en lui offrant un grand territoire des « Eastern Townships » sur la rivière Saint-François.
Pour le chef-lieu de son domaine, il choisit l’endroit où ce cours d’eau peut être harnachable pour actionner les futurs moulins à farine et à scies, pour les constructions petites ou grandes, comme les deux églises qui y furent construites qui portent ses prénoms : Saint-Georges pour les Anglicans, patron de l’Angleterre, et l’autre Saint-Frédéric pour les Catholiques. Ces deux églises sont voisines sur la rue qui porte son patronyme Heriot pour commémorer ses exploits et son esprit de visionnaire.
Saluons Georges Frederik Heriot!
Avec ces détails, vous avez reconnu la ville industrielle qui est devenue Drummondville. Je crois comme possible qu’il ait nommé son nouvel emplacement en l’associant à celui d’un très influent homme d’affaires et sénateur canadien, Sir Gordon Drummond, pour le remercier de son influence et l’immortaliser en le nommant la ville DRUMMONDVILLE.
Par Charles E. Giguère, retraité, amoureux de l’histoire