Le 4e voyage en 1502 (2e partie) et dernier voyage de Christophe Colomb

Fait à noter

À la même période l’année précédente et dans la même région, Antonio de Torres, commandant une grande flotte de 28 bateaux remplis de richesses enlevées de la colonie qui avait été démolie par un très puissant ouragan; une seule petite goélette, l’Agua arriva en Espagne. Elle transportait de l’or que le commandeur Nicolas de Ovando avait été forcé de remettre à la famille Colomb. Cinq cents  hommes, deux cent mille castillans d’or et tout le chargement repose encore sous les flots.

Retournons aux messagers

Le groupe de 20 messagers-rameurs montés sur deux canots indiens n’avait pas ou très peu de provisions, pour deux bonnes raisons. La première en est que le lieu qu’il quitte est déjà en état de famine, et la deuxième, les canots n’ont que l’espace sous les sièges pour l’entreposage.

l’île d’Hispaniola

Le groupe arriva à Hispaniola sur une seule pirogue avec seulement dix pagayeurs, les autres sont morts de faim et de soif sous un soleil de plomb, la plupart d’entre eux étaient des Indiens. Fatigués et très heureux d’être enfin arrivés, ils furent déçus d’apprendre que de Ovando était parti à l’intérieur du pays pour pacifier les Indiens d’une région : la méthode employée était très efficace, il faisait descendre une paix et un silence éternels, car les locaux sont morts ou enfuis.

Un messager vint lui annoncer qu’un certain Diégo Mendez était désireux de le rencontrer pour lui offrir ses meilleures salutations et lui demandait bien humblement de le rencontrer dans les meilleurs délais possibles. Le commandeur de Ovando fut très surpris d’une telle demande, car c’était lui-même qui avait porté plainte au roi Ferdinand au sujet des nombreux méfaits de Christophe, ce qui lui valut à Colomb d’être rappelé auprès du roi.

Le commandeur Nicolas de Ovando

Mis aux fers, relevé de ses honneurs et de ses nombreux titres de noblesse et avantages financiers, Christophe Colomb était d’autant plus considéré personnage “non grata” à Hispaniola. Lui avoir porté secours aurait été un crime contre la royauté, car c’était dans le but de se débarrasser de sa personne que le roi lui avait permis d’entreprendre un voyage sur des rafiots rendus non navigables sur mer, espérant qu’il disparaisse sous les flots.

Nicolas de Ovando envoya chercher Mendez qu’il félicita pour avoir fait un tel voyage dans des conditions extrêmes et dans un délai aussi court. Pour ce qui est de porter secours aux naufragés sur cette île sans nom, c’était un NON catégorique et non négociable.

«Si vous réussissez à le sortir et à l’amener à Hispaniola, je vous ferais mettre en prison».

Mendez était prêt à acheter des caravelles pour transporter Christophe Colomb directement de Santa Gloria à l’Espagne.

« NON, je vous refuserais le permis d’achat ». Mendez eut beau dire que c’est aussi la vie de plusieurs personnes qui était à considérer. « NON, je ne ferai rien pour qu’ils meurent et rien et rien pour qu’ils vivent. Seul le roi Ferdinand, le très Catholique a le pouvoir de prendre cette décision. Je lui écrirai et je doute très fort qu’il acquiesce à votre demande. En attendant, vous et vos compagnons, pouvez rester ici. Mais si j’étais vous, je rentrerais au pays. Ceci est de la politique et vous n’y entendez rien à ça ».

Mendez et ses hommes suivirent l’armée à forcer une pacification dans une région. Quand les Chrétiens se retiraient d’un secteur, la paix était assurée, car tous les opposants avaient été passés au fil de l’épée. À différents endroits, les Indiens faisaient des suicides collectifs au lieu de se résigner à finir leurs jours comme esclaves des Chrétiens.

En mars 1504, Nicolas de Ovando décida d’aller au nouvelles, très possiblement à la suggestion du roi Ferdinand qui salivait d’un sadique plaisir de savoir que ce personnage déchu avec qui il avait signé ce qu’il désignait la Grande Capitulation, cette entente qui garantissait à Christophe Colomb de nombreux avantages en cas de réussite; il était là, isolé sur une île, affamé, entouré de personnes hostiles autant d’Indiens que de Blancs.

« Je ne peux pas le laisser mourir là, car toute l’Espagne et l’Europe voyaient en lui un héros et de plus, le pape Alexandre VI le considère comme un Grand Apôtre de la religion catholique. »

Le Pape Alexandre VI

Le gouverneur de Ovando chargea un certain hidalgo du nom de Diégo Escobar, noble Espagnol au service des armes, classe de gens que Christophe Colomb voulait éliminer dans la colonie, comme chef de la mission de secours. Ce dernier fut très heureux d’être choisi pour voler au secours de celui qui l’avait déjà condamné à être pendu pour insubordination. Il était en prison attendant que son tour arrive d’être pendu parce que le grand patron Colomb en gardait continuellement un suspendu au gibet sous les remparts pour montrer ce qui arrivait à ceux qui refusaient d’obéir à ses ordres.

Balboa, nommé pour remplacer Colomb qui avait été destitué, s’empressa de le libérer ainsi que quatre autres prisonniers. Il était présent lorsque le trio Colomb fut mis aux fers avant de monter sur la Garda Marina qui retournait en Espagne. Quatre ans plus tard, Balboa était chargé de secourir ce vénérable justicier Colomb qui attendait depuis neuf longs mois le secours à 500 milles de là.

Christophe Colomb

Pendant cette longue période d’attente, Christophe Colomb eut amplement le temps de réfléchir. Il revécut sa vie décadente de Grand Amiral de la Mer Océane et Vice-Roi des Indes jusqu’à celle de naufragé sur une île sans possibilité de s’en sortir par lui-même ainsi que sa suite de 150 hommes. La moitié de ses hommes reniait son autorité et, de plus, le tenait responsable de cette déplorable situation qu’ils avaient à subir.

Les observateurs de la situation virent autre chose qu’un sauvetage d’un naufragé. C’était un montage de vengeance à partir du roi jusqu’à Diégo Escobar, autant par dérision que par pitié. On ne pouvait laisser 150 Chrétiens mourir pour se débarrasser d’un type qui était devenu gênant dans ce décor.

Diégo Mendez aurait voulu être du groupe de sauveteurs. Nicolas de Ovando refusa sa suggestion, car il connaissait bien le lien d’amitié qui liait les deux hommes, car c’était plus une expédition de vengeance que de secours. La présence de Mendez aurait été gênante plus qu’utile.

Il partit avec un très petit équipage de six Chrétiens armés et quelques Indiennes pour leur “service” sur une toute petite caravelle qui n’avait pas de nom et de plus, elle n’avait pas été bénite. Suivant la route suggérée par Mendez, il arrivait de nuit à Santa Gloria, une semaine plus tard à l’endroit où un feu brûlait sur la plage.

Dans l’avant-midi, un canot monté par Escobar s’approcha de La Capitana. L’Amiral Colomb reconnut vite son ancien subordonné par son sourire particulier, mais il s’interrogeait au sujet de sa présence dans cette région. Était-ce par hasard, car il y a plus d’une année, l’entente conclue avec Diego Mendez était que les deux pirogues faisaient route commune jusqu’au roc situé à 350 milles de là.

Une des pirogues était supposée revenir à Santa Gloria avertir que la mission était partiellement accomplie. À partir de cet endroit, la route à suivre pour continuer était de suivre la côte jusqu’à Hispaniola. Chose qui n’avait pas été faite. Voilà pourquoi l’Amiral se questionnait, car rien ne lui indiquait que la mission avait été réussie. Le décor n’avait rien de réjouissant aux yeux du visiteur, supposément sauveteur.

La conversation fût courte, mais avec une sorte de pointe d’ironie de la part du visiteur qui remarqua l’absence des frères Porras. Ah, ils sont partis vivre avec un groupe chez les Indiens. « Le gouverneur de Ovando qui connait bien vos hommes m’a chargé de demander à Francisco Porras qui est le plus sensé d’entr’eux de m’entretenir du succès de votre mission. Si, je comprends bien, ils vous ont laissé seul avec les malades, les vilains garnements! » Il se tourna vers la caravelle amarrée et fit un signe de ses bras, un canot en sortit en direction de La Capitana.

Le rameur prit un gros morceau de lard salé et deux petits barils de vin « Tenez, c’est pour vous mon capitaine, c’est une gracieuseté du gouverneur de Ovando qui tient à vous dire que Diégo Mendez et Bartolomé Fieschi ont accompli leur mission et qu’ils sont rentrés au pays. »  « Quand pourront-ils venir nous cueillir? », demanda Christophe Colomb. « Quand il y aura des caravelles qui seront disponibles », répondit son faux sauveteur. Devant ses réponses vagues et indifférentes, Christophe regrettait amèrement de ne pas l’avoir fait pendre immédiatement lorsqu’il en avait la possibilité quelques années plus tôt.

Il aurait voulu écrire une lettre aux gens d’Espagne leur disant que son groupe était vivant. Par pure méchanceté, Escobar refusa sa demande. En fin de journée, la caravelle avait disparue de l’horizon.

Au moins, quelqu’un savait que son groupe était vivant.

Quand ce terrible cauchemar se terminera-t-il? L’attitude indifférente d’Escobar était-elle intentionnelle seulement pour tourner le couteau dans la plaie, et qu’en catimini, il ferait ce qu’il m’avait officiellement refusé, se questionnait Colomb.  Et toutes sortes de questions toujours sans réponses. Toujours dans le doute et toutes sortes d’expectatives, il méditait. C’est dans cet état d’esprit qu’il fit une grande découverte intérieure de lui-même.

Moi qui, quelques années passées, étais un des hommes les plus riches de la Chrétienté, honoré et acclamé partout; j’étais puissant, je pouvais donner des ordres et j’étais autorisé à châtier ceux qui ne m’obéissaient pas, j’étais Vice-Roi et Grand Amiral avec 1,000 hommes sous mes ordres.

Les 4 voyages de Christophe Colomb

Dans la période précédant le départ de son 4ième et dernier voyage, il avait écrit un texte qu’il a intitulé Le livre des Prophéties dans lequel des prophètes dans la Bible faisaient allusion au prénom qu’il portait. Christophe – Porte Christ, et plein d’autres rêveries d’un homme qui se pense supérieur au commun des mortels et est choisi par Dieu pour réaliser ses dessins et répandre son nom au monde entier.

Depuis un an et cinq jours qu’il ruminait ses doléances, voilà qu’une goélette se pointe à l’horizon en direction de Santa Gloria pour s’y amarrer à une lieue de la rive. Enfin, la preuve que Dieu n’oublie pas ceux qui croient en lui. C’était Escobar qui arrivait d’Hispaniola, chargé de rapatrier les Chrétiens naufragés en Espagne. Un messager s’empressa d’avertir les frères Porras et leurs confrères mutins désespérés qui se terraient de l’autre côté de l’île que le secours était enfin arrivé.

Pendant cette longue période d’attente de plus d’un an, sur une plage déserte, accompagné d’un groupe qui lui était resté fidèle qui logeait sur La Capitana avec en arrière-plan, un boisé qui servait d’abris aux frères Porras et leur groupe de rebellés associés aux Indiens hostiles, celui qui avait été Grand Amiral de la mer Océane avait plein temps de revivre sa vie passée. Même, trop de temps.

Il revécût ses moments glorieux et mémorables où il avait été un des hommes les plus puissants et des plus riches de la Chrétienté pour une courte période de temps. Et un instant plus tard, après avoir jeté un regard sur la mer vide de toute possibilité de secours, il maugréait contre ce Dieu pour qui il avait donné sa vie et pour son Église qui semblait avoir oublié les promesses qu’elle lui avait faites.

Quand il était sur la mer, il notait tout ce qu’il voyait, de même, en attente forcée, il notait tout ce qu’il pensait, de la trop courte période de gloire jusqu’à cette infissante période d’attente. De l’euphorie qui le transportait au contact des grands personnages du royaume aussi vite il pouvait devenir morose et dépressif après avoir vu la mer vide de tout moyen de sauvetage.

Il était amer envers lui-même : il se trouvait naïf et crédule. Autant, il était fier de son projet au départ, autant il était abattu et démoralisé, oublié par Dieu, ce Dieu qu’il avait voulu faire connaître à ces pauvres Indiens.  »Comment ai-je pu croire ce qui avait été écrit par des gens n’avaient jamais voyagé et qui croyaient que la terre était plate, que la mer occupait seulement une partie tandis que la terre en occupait les six autres, etc. Et que la création du monde se limitait aux dimensions décrites dans la Bible. Qui, alors aurait créé ce nouveau continent? » se demandait-il inlassablement? Réellement, il ridiculisait le Grand Amiral de la Mer Océane.

Son dernier retour en Espagne

Enfin, le retour sur une vieille goélette avec des voiles défectueuses, tenant difficilement la mer, leur permis de fouler le sol de la mère patrie d’Espagne en 40 jours, distance que l’ex-grand Amiral devenu passager avait déjà accompli en 22 jours à titre de capitaine.

Sur le quai que la nuit enveloppait, personne n’attendait le Vice-Roi des Indes pour l’accueillir.

Fatigué, souffrant de la goutte et semi-aveugle, il s’éteignit  au couvent franciscain de la Robida.

Christophe Colomb s’éteint

Tout au long de sa vie, il a été tenace, visionnaire, opportuniste, astronome et un très grand connaisseur de la mer et de ses courants changeants et capricieux. Un exemple : au retour de son troisième voyage que Christophe a accompli à titre de prisonnier, le couple royal était à son retour parti à d’une noce au Danemark au cours de laquelle leur fille ainée avait épousé le fils du roi. Ce fut une célébration royale pour laquelle 138 navires furent requis pour le transport des invités espagnols.

Il s’informa de la date du départ pour le retour de la flotte. À la suite des recherches qu’il fit sur la direction des vents associés aux différents courants marins, il en déduit le moment précis de l’arrivée du couple royal. Prédiction qui se réalisa et qui ne fut pas sans estomaquer la cour royale qui avait à étudier la véracité des atrocités dont il était accusé envers de Chrétiens et de très nombreux Indiens.

Devant toutes sortes de choses et différents événements qu’il avait prévus ou solutionnés, certaines mauvaises langues prétendaient que Colomb était en relation avec le diable, car c’était au-dessus de la compréhension humaine de l’époque.

De l’or, Marco Polo a noté en avoir vu à profusion lors de son voyage à Katay. Dans les recherches faites par les Chrétiens en ce nouveau monde, ils s’intéressaient en très premier lieu à l’or, toujours l’or, l’or est très excellent; c’est avec de l’or que l’on fait des trésors et celui qui en a fait ce qu’il veut sur terre, et si Dieu, notre Seigneur ne s’y oppose pas, il parvient à envoyer les âmes au Paradis.

Barthalomé de las Casas, un aumônier de l’équipe, fit plusieurs voyages en Europe pour relater les atrocités et abus d’autorité faits envers les Indiens et dans certains cas, contre les Chrétiens dont il avait été témoin, aux hautes autorités royales et religieuses qui ont semblé peu ou pas émues, car les sévices n’ont pas cessé pour autant.

À la suite de ces lectures sur la découverte de ces terres nouvelles, le motif sous-jacent est beaucoup plus la recherche de la domination de ces peuples pacifiques qui fuyaient l’envahisseur guerrier qui recherchait de façon hystérique les différentes richesses, dont l’or, ce minerai divin.

L’asservissement et le commerce de ces gens causèrent l’anéantissement du peuple de l’île de Cuba et la diminution du tiers de la population sous la botte de l’envahisseur. Le pays dominateur suivant, la France, s’empressa de remplacer la main-d’œuvre disparue par l’importation d’esclaves africains pour s’assurer des bénéfices de la canne à sucre dans l’île de Cuba.

Fut-il un Saint?

26 cardinaux, de très nombreux archevêques et évêques ont signé une pétition qui a été transmise aux papes Pie IX et Léon XIIII pour qu’ils canonisent Christophe Colomb lors du 400e anniversaire pour son dévouement envers la religion catholique. Les successeurs de Saint Pierre crurent bon de reconnaître ses très grandes connaissances et maîtrises des lois marines et célestes, mais sont restés muets sur son exemple à suivre comme meneur respectueux et responsable d’êtres d’humains. La demande a été refusée.

Christophe qui voyait dans l’étymologie de son nom – Porte Christ, un signe qui le destinait à faire de grandes œuvres pour l’Église, serait bien mort de dépit en apprenant qu’un certain pape du nom de Paul VI en l’an 1963 retirerait le nom de Christophe du Calendrier des Saints de l’Église.

Pape Paul VI

Les hagiographistes modernes (les spécialistes qui étudient la vie des saints qu’ils recommandent au pape comme exemples à imiter) n’ont pas recueilli de preuve concluante à cet effet. Le seul document en leur main serait une icône représentant un homme chauve, adulte, portant un enfant d’environ 3-4 d’âge dont le vêtement semble sec, sur son épaule droite sortant d’une rivière non-identifiée; icône que la piété populaire a longtemps vénérée.

Si vous poussez votre curiosité plus avant dans le siècle avant notre ère, vous verrez un homme portant une tête de chien que les voyageurs imploraient de ce nom de Christophe pour les guider en chemins inconnus pour arriver à bon port.

Ceci est certainement une légende païenne.


Sources : Œuvres complètes par Les Voies du Sud, Grand Larousse Encyclopédique

Christophe Colomb par Michel Lequenne

Christophe Colomb par Georges-Hébert Germain

Images : Internet


Fin des voyages de Christophe Colomb. Je vous prépare de nouveaux sujets à compter du 3 juin prochain.