Les syndicats dans la grève de l’amiante

Les grandes centrales nationales ouvrières se sont montrées très peu intéressées à la cause de la grève d’Asbestos, même si l’industrie avait cinq mille travailleurs dans la région. La Centrale des travailleurs catholiques canadiens, la CTCC comme on l’appelait, était sous l’influence de l’Église catholique qui nommait un aumônier associé à la direction de chaque syndicat local. Ce représentant prenait la parole à presque toutes les assemblées pour expliquer la pensée officielle de l’Église, se basant sur les encycliques écrites par deux papes différents, à la fin du vingtième siècle.

Ces encycliques dénonçaient l’exploitation des travailleurs et les abus de toutes sortes imposés par les capitalistes assoiffés de gains. Elles préconisaient que l’employeur agisse « Comme un bon père de famille le ferait envers ses enfants en leur offrant un salaire juste dans des conditions saines pour leur santé » et ajoutaient même qu’il serait de bon aloi que les travailleurs aient droit à un certain partage des gains, s’il y en avaient.

Il faut se rappeler qu’à ce moment la Russie était sous domination communiste avec les abus des amis du pouvoir dont la population a subi de sévères conséquences.

La congrégation des Pères Jésuites faisait paraître une publication Relation qui traitait des points chauds de l’heure dont l’éditorialiste était un grand ami du journaliste Burton LeDoux (Voir texte Les conditions de travail difficiles des employés de mines).

Comme dans toute organisation, il y a des « pro » et des « anti », même si elle est religieuse, la congrégation est faite d’hommes avec des idées différentes, même que l’un d’eux sous le pseudonyme de Custos, mot latin qui signifie « gardien », toujours sans signature, adressait plusieurs messages à Rome dénonçant les agissements de ses confrères comme ayant des idées communistes.

Mis au courant des activités de cette « Taupe », des chercheurs ont prétendu reconnaître l’un des leurs. Ce dernier était un grand ami du premier ministre du temps, vous l’avez deviné, Maurice Duplessis, grand défenseur de l’ordre établi et qui avait parmi ses bons « amis » de nombreux industriels fortunés.

Malgré toutes ces trémulations en haut-lieu, l’aumônier du syndicat d’Asbestos, M. le curé Camirand de la paroisse de Saint-Aimé, au cours de la soirée où le vote de grève a été pris, tout en sachant que cette grève était illégale, se permit d’avouer : « Moi aussi, si j’étais travailleur de l’amiante comme vous, je voterais pour la grève. »

C’était le dimanche 13 février 1949, le vote de grève a été pris, à la quasi-unanimité, l’assemblée s’est terminée à 2 heures du matin. Mis au courant de cette décision, le lendemain, les travailleurs de Thetford-Mines et région décidèrent de faire front commun avec ceux d’Asbestos, exceptés ceux de la mine d’East-Broughton. L’industrie de l’amiante était en grève illégale, car la convention en vigueur ne se terminerait que dans quelque mois à venir.