Comme l’hiver s’étire et par ces temps de grands froids, je poursuis dans le récit détaillé des voyages de Christophe Colomb pour vous relater ses deuxième et troisième expéditions.
Départ le 25 septembre 1493
La préparation dura 5 mois; 1 200 hommes montés sur 17 navires, dont plusieurs étaient armés, chargés de l’approvisionnement et d’animaux domestiques; pour les quadrupèdes, il leur fallut faire des stalles spéciales dotées de ceintures très larges pour les passer sous le ventre des bêtes dont les bouts ajustables étaient attachés au plafond. Ce genre d’attaches était utilisé en temps de grosses mers pour retenir en place ces gros animaux au lieu de les laisser se déplacer selon le degré de pentes du plancher.
L’Amiral Christophe Colomb, ayant accumulé de l’expérience et des connaissances marines, optât pour une autre route qui offrirait moins de vents contraires, tout en profitant de la direction des courants marins qui permirent à la flottille d’atteindre les petites Antilles en seulement 20 jours. Le mot Antilles vient de deux mots latins : ‘’ante’’ signifiant avant et ‘’ila’’ pour île.

Cristóbal Colón alias Christophe Colomb
La première de ces petites Antilles reçut le nom de Dominique, car Colomb y était arrivé un dimanche. Une autre : Caraïbes du nom des indiens qui les habitent; ceux-ci avaient une coutume qui surprit et scandalisa beaucoup les visiteurs.
Ces gens sont des guerriers cruels qui utilisent des flèches empoisonnées munies d’arêtes de poissons qu’ils manipulent très bien. Ce sont des cannibales. Ils tuent leurs ennemis et ramènent les jeunes filles qu’ils utilisent comme reproductrices. Si l’enfant à naître est un garçon, il est castré à sa naissance; si c’est une fille, elle sera, à son tour, reproductrice offerte à qui voudra la rendre enceinte.
Les guerriers vaincus sont ramenés vivants pour servir comme mets ordinaire. Ces gens ne se laissent pas approcher, ils préfèrent fuir, ce qui permit aux visiteurs européens d’entrer dans une de leur case et de voir, tout stupéfiés, les parties du corps d’un homme cuisant dans une marmite placée sur un feu. Selon eux, la chair humaine est un mets très recherché, un vrai délice. Cette île fut nommée San Juan Batista et porte aujourd’hui le nom de Porto Rico.
Le 22 novembre 1494
La flotte, ayant quitté les petites Antilles, arrive à la première grande Antille. C’est à cette île que Christophe fit descendre l’indien Taïnos qu’il avait amené en Espagne. Nu à son départ, il revient vêtu à l’européenne. Il est fort à parier qu’il n’avait pas assez d’une bouche pour tout dire ce qu’il avait vu et vécu au cours de son odyssée européenne.

Christophe Colomb et les Taïnos
Maintenant allons rencontrer les 39 marins qui étaient restés à la Navidad à cause de l’échouement de la Santa Maria. Les premiers Taïnos rencontrés sont amicaux; la goélette longe la rive à la recherche de signes de réjouissance et de signaux de bienvenue. Ils voient plutôt 4 cadavres qui gisent sur la rive, dont un porte une barbe alors que les indiens sont imberbes. Ce n’est pas bon signe.
Le 27 suivant, la goélette est près du rivage, des canoës viennent vers elle, l’accueil n’est pas chaleureux; des marins se rendent à terre, accompagnés d’interprètes baptisés en Espagne. Il ne reste rien de la construction; un Indien s’approche et fait un témoignage plausible au premier abord. Il raconte qu’une dispute aurait commencée au sujet de femmes enlevées dont les parents seraient venus se venger; les colons seraient partis vers une fameuse mine d’or et ne seraient pas revenus. Plus il en disait, plus sa version perdait de sa véracité.
Pour ne pas envenimer la situation, et rendre ces gens hostiles, Christophe Colomb réprima son désir de vengeance et quitta les lieux.
La construction faite sur l’île de San Salvador comme place maîtresse a été incendiée, elle sera reconstruite ailleurs et nommée Isabella en l’honneur de la reine. Ce qui va causer de graves mésententes entre le hautain et sévère meneur d’hommes qu’est Christophe Colomb et les volontaires qu’il faisait travailler dur alors qu’ils étaient venus pour s’enrichir à chercher de l’or. Le moral se détériore, découragés, plusieurs veulent retourner dès que possible au pays.
Antonio de Tores sera choisi pour piloter ce prochain voyage vers l’Espagne et sera aussi porteur d’un mémoire expliquant aux Rois que la quantité d’or espérée n’était pas atteinte. Pour substituer ce manque de revenu espéré, il envoyait des Caraïbes pour qu’ils soient christianisés et deviennent des interprètes à leur retour aux colonies. Une périphrase pour ne pas dire ouvertement le mot esclaves. Demande qui fut accueillie favorablement.
Mars 1495
Au cours d’une expédition à l’intérieur du pays, il découvre une belle vallée pour construire un fortin qu’il nommera Véga Réal dont la direction sera confiée à Pédro Margarité qui recevra des ordres précis. Cependant, ce dernier ne les prendra pas en considération, ce qui ouvrira l’ère des brutalités des conquistadors avant de se retourner contre Christophe Colomb, dont l’autorité sur ses subalternes commençait à s’émousser. Malgré certains malaises dans son organisation, il décida quand même de partir aves 3 caravelles en voyage d’exploration.

Le 24 mai, il quitte Isabella en direction de la grande île de Cuba, il prétend que Cuba est le prolongement de la côte de l’Asie. Il prépare un texte en ce sens et le fait enregistrer par un notaire de son groupe, certains refusent d’apposer leur nom sur tel document. Il utilise son statut d’autorité pour les obliger à signer. Curieux cas d’entêtement de sa part, lui qui vient de faire le tour de l’île et insiste pour dire que cette terre est le prolongement des Indes qu’il n’a pas vu.
Ce document recevra le titre Serment de Cuba et lui causera beaucoup de tribulations plus tard.
Retour à Isabella, le 29 septembre. Les directeurs qu’il avait nommés à son départ, démissionnent et deviendront ses pires détracteurs. Tout va mal dans la colonie : rapt de femmes, pas de découvertes d’or, 10 colons tués pour avoir mis le feu à des cases (résidences indiennes), c’est un enchainement de violence.
En 1496, la population des Indiens a diminué des deux-tiers, ceux qui sont restés ont fui dans les montagnes et tués les colons isolés. Les prisonniers espagnols et indiens sont devenus esclaves.
Ces gens sont pacifiques et fuient à pieds la violence, mais ne font pas le poids devant ces hildagos espagnols montés sur des chevaux et équipés de bâtons qui crachent le feu (mousquets). Les hildagos sont guidés par des chiens qui détectent les fuyards, même bien cachés. Une fois arrêtés, et accusés de ne pas avoir obéi aux ordres, ils sont jetés en prison et envoyés sur des navires qui font la navette pour en faire des esclaves.
Ces cas de brutalité inquiètent le couple royal qui envoie un enquêteur. Juan Aguado arrive en octobre 1495 alors que Christophe est absent, parti guerroyer dans la colonie. Il constate que des corps de chrétiens sont suspendus aux gibets, en signe d’avertissement à ceux qui oseraient désobéir aux ordres de l’Amiral, alors que d’autres attendent en prison que leur heure arrive.
Après enquête, à leur grande joie, ils seront libérés. Parmi eux, il a un certain Orvando qui sera plus tard et dans une autre occasion ‘’choisi’’ pour voler au secours de celui qui voulait s’en débarrasser.
Devant plusieurs cas de brutalité et de sévérité extrêmes envers des chrétiens et des indiens, Juan Aguado a fait mettre Christophe Colomb et ses deux frères aux fers et jetés en prison en attente d’un vaisseau pour les ramener en Espagne pour expliquer sa conduite au couple royal.
L’enquêteur et le conquistador reviennent à Cadix le 11 juin 1496. Lors de leur arrivée, le couple royal n’est pas là; la reine est présente à un mariage dans un pays lointain et le roi en voyage; les deux sont à leur retour sur des navires différents. Christophe, en vrai stratège, après avoir calculé la distance à parcourir et la direction et la force des vents avait prédit le moment de leur arrivée respective. Ce qui émerveilla la cour royale.
Il défend tellement bien ses agissements et décisions que le couple royal garde sa confiance en lui pour lui permettre de retourner continuer son œuvre. Cependant, la caisse royale est vide, Colomb n’a pas d’argent pour payer ses dettes malgré le montant que la vente des esclaves lui a rapporté, sa dette est plus élevée.
Il lui faudra attendre 2 ans, soit le 30 mai 1498, avant de repartir sur une flotte de 6 caravelles transportant 30 femmes espérant mettre fin aux rapts des femmes indiennes. Cette fois, il va changer de route, il s’arrête aux îles Canaries et se dirige vers les îles du Cap Vert. Il sera sous les vents soufflant vers le sud-ouest qui l’amène dans la mer des Sargasses où il passera 8 jours à attendre sous un soleil de plomb, ses marins n’ayant rien à faire autre que de suer et manger.
Sous une telle chaleur, les victuailles se gâtent aussi vite que la patience des passagers baisse. Un vent de l’est, tant espéré, vient les sortir de cet enfer et les poussent pendant 17 jours vers une île aux 3 sommets que le grand Navigateur nomme LaTrinité.
Les Indiens de cette île ne répondent pas aux signes d’amitié que leur envoient les passagers. La flotte met cap au sud, ce qui l’amène à marée montante dans un golfe d’un puissant fleuve où les marins ont assisté à un phénomène naturel effrayant. Les eaux de courants contraires s’affrontent pour former des lames aussi hautes que la nef, pour retomber dans un mugissement épouvantable qui soulève la flotte pour la laisser descendre presqu’au fond marin.
Il leur faut sortir de ce carrousel marin le plus vite que possible. L’arrivée de l’eau du fleuve, nommée Orénoque, provenant des hautes terres avoisinantes, se divise en plusieurs canaux en arrivant à la mer. Cela forme des turbulences très fortes à la marée montante, qui seront inversées à la marée descendante; ajoutez à cela l’arrivée d’une quantité énorme d’eau douce, plus légère et plus chaude, qui glisse sur la surface de l’eau salée et plus froide, donc plus pesante et ce, sur une distance de 15 lieues, environ avant que les deux se mêlent définitivement. Cette différence de hauteur peut atteindre près de 2 pieds.
Ce phénomène naturel était nouveau pour l’Amiral Colomb monté sur une caravelle reposant sur une surface non contrôlable pour un bâtiment de cette envergure. Du fait qu’il avait vu des êtres humains sur l’île et que ses contours étaient non navigables, le seul moyen d’y parvenir était par la voie des airs que Dieu utilisait pour aller déposer les bonnes âmes au Paradis Terrestre, nom qu’il a donné à cet endroit.

Américo Vespuzzi
En 1508, l’un de ses officiers du nom d’Américo Vespuzzi écrivit un texte dans lequel il reconnaissait que ces terres que Colomb avait découvertes lors du premier voyage étaient nouvelles.
Cette lettre fut publiée en Europe tandis que Christophe (qui l’avait déjà noté dans ses écrits en1502, avait écrit dans son Journal ‘’Vos Majestés prendront ces terres qui sont d’autre monde’’. Comme il n’avait pas que des amis, il fut facile d’oublier et d’écarter son écrit! Ce qui fit qu’une tierce personne du nom de Hogéda mentionna dans ses écrits ‘’Les Terres Nouvelles d’Americo font parties d’un continent nouveau’’. Et le nom Américo (Amérique en français) resta pour les générations à venir.
Revenons à l’Amiral Colomb. Il se hâte de quitter cet enfer marin qui lui fait plus de peur que de mal. Il se dirige vers île Hispanola qu’il atteint en 5 jours de navigation pour décharger les victuailles et aussi les nombreux passagers.
Pendant son absence, le climat social s’est dégradé. Ça ressemble à une révolution. Barthélémy, son frère chargé de le remplacer durant son absence, a déplacé le chef-lieu à un endroit mieux situé sur la rive sud qu’il a nommé Saint Domingue; il s’est accoquiné à la joyeuse veuve d’un ancien chef indien.
Barthélémy a levé un lourd impôt aux Indiens qui, mécontents, se joignirent à un influent espagnol du nom de Roldan. Ils saisirent les 3 caravelles qui avaient quitté la flottille aux Canaries, qui se joignirent tout de suite à lui. La colonie est divisée en 2 clans égaux qui s’affrontent. Voilà la situation à laquelle fait face Christophe Colomb à son retour, lui qui porte le titre de JUGE et Maître de la colonie au mois d’août 1498.
Il ne réprimande pas Roldan pour son inconduite et lui offre de retourner en son pays avec ses esclaves et ses concubines; cette offre est refusée. Les négociations durent un an, le grand justicier abandonne, il se contente de dénoncer le fait dans une lettre adressée au roi.
Le 15 septembre 1499, Hojéda, un haut placé de la colonie, arrive avec un chargement de perles qu’il offre à Roldan au vu et au su de Christophe Colomb, qui, peu soucieux de ce nouveau rival, ne fait rien pour l’en empêcher. Hojéda se ravise, il va couper du bois et assemble un groupe de pacifiques taïnos qu’il fait monter sur une caravelle qu’il nolise pour aller vendre ses ’’marchandises’’ à Cadix avec la bienveillance des hautes autorités royales espagnoles.
Encore une nouvelle fois, Colomb au lieu d’envoyer de l’or toujours promis, mais très rare dans la colonie, prépare une cargaison de futurs esclaves sous le nom de prisonniers de guerre. Cette action est désapprouvée par un nommé Adrian de Moxica que Colomb fait arrêter avec son groupe dont il en fait pendre 7 et le huitième, Adrian qui en est le leader, sera jeté au bas d’une falaise.
C’est ce que voit l’inspecteur Bobadilla chargé d’enquêter sur les nombreuses plaintes accablantes contre le Vice-Roi des Indes, Christophe Colomb. Bobadilla a tous les pouvoirs pour amender la situation; il s’installe à la place de Colomb, saisit tous les papiers, fait remettre en liberté les prisonniers espagnols; ordonne d’arrêter et mettre aux fers le grand justicier et ses deux frères; le trio Colomb attendra en prison le premier départ d’un navire en direction du royaume.
Quelle humiliation pour le Vice-Roi des Indes. Fort de caractère, il ne se laissa pas abattre.
Au cours du voyage de retour, le capitaine lui a offert de lui délier les mains et les pieds. Ce dernier eut comme réponse ‘’Le Roi m’a fait mettre aux fers, c’est lui qui devra me les enlever’’. Et plus tard, il demanda qu’après sa mort, que les chaînes soient remises aux pieds aux mains de son cadavre.
Octobre 1500
Il perd ses titres honorifiques et les avantages qui lui avaient été donnés. Six semaines après son retour, les rois le convoquent à Grenade, le 17 décembre. La rencontre fut émotive, ils lui remettent les biens saisis. L’entretien est amical, pour le récompenser pour ses exploits, ils sont prêts à le placer parmi les pensionnés les mieux rémunérés du royaume.
L’entente signée avant son départ de 1492 est déclarée caduque, sa présence n’est plus autorisée dans la colonie où il sera ‘’persona non grata’’. Par contre, libre à lui de retourner au Nouveau Monde où il pourra continuer ses recherches à titre personnel.
Son orgueil est profondément blessé, car il a perdu ses titres de noblesse et est dorénavant privé de ses nombreux avantages financiers. Il intentera de nombreux procès qu’il perdra tous.
Auprès de lui, il ne restera que son fils Fernando, pour écouter les doléances du paternel.
Du fond de sa cellule, dans un couvent franciscain qui l’héberge avec son fils, ce dernier lui lit différents textes, car sa vue n’est pas bonne.
Je vous donne rendez-vous le 3 mars prochain pour le quatrième et dernier voyage de Christophe Colomb.
Mes sources de références sont :
Œuvres Complètes par Les Voies du Sud, Grand Larousse Encyclopédique
Christophe Colomb par Michel Lequenne et Christophe Colomb par Georges-Hébert Germain